lundi 30 mai 2016

Journal d'un restaurateur

Fabuleuse semaine passée avec succès : 65 hollandais mardi, salle bondée jeudi pour le concert du trio Fragrances et magnifique entrée à la carte des pâtes à la farine d’insectes. Un peu sur les genoux, mais quel plaisir. Bon, je reprends dans l’ordre.
« Vizit.be «  organise des visites de villes belges avec des « parcours de saveurs » : on prend l’apéro dans un resto, l’entrée dans un autre, le plat dans le suivant et le dernier sert café et dessert. Donc régulièrement, nous recevons des groupes, tournant autour de 15 ou 20 personnes. Ce mardi dernier, le parcours n’avait pas lieu, évidemment impossible de déplacer 65 personnes d’un restaurant à l’autre, et le groupe prenait juste un plat chez nous à Como en Casa : 30 bœufs, 20 cabillauds et 15 curry. Succès total, la cuisine a assuré, c’était génial et beaucoup ont demandé la carte de visites pour revenir en famille.
Jeudi la salle était comble pour le concert de Fragrance. Magique, je ne suis pas le seul à avoir trouvé cela magique. Beaucoup ont dit leur surprise de la qualité de ce groupe, du talent des musiciens, de la voix envoûtante et sensuelle de Thierry. Le son était parfait. Bref, chapeau bas Pierre, Reno et Thierry. Les tapas ont suivi au point de rupture de stock dans les hamburgers végétariens et presque un jambon espagnol parti en tapas.
Avec ce concert se termine une première mini saison, qui nous encourage à remettre cela dès la rentrée prochaine. Julie Bailly est guérie et nous pourrons l’entendre chanter Barbara, nous avons aussi dans nos cartons Léo Ferré, Charles Trenet, François Béranger… Mais l’expérience de Fragrance nous pousse à essayer des groupes talentueux actuels et d’alterner cela avec la chanson française. Je crois bien que je vois qui pourra nous aider dans cette recherche.
Avec cette mini saison, une équipe s’est constituée qui commence déjà à prendre plaisir à se retrouver : Bernadette et Valou, qui gèrent  « K-fées » près de la Halle aux viandes, assurent les entrées chez nous, Marie Noëlle dite Mino assure l’accueil et la répartition dans la salle. Certains ont dit fort apprécier d’avoir leur place réservée et d’y être conduit. Les trois sont là bénévolement et je les en remercie du fonds du coeur. Pauline et Dina sont devenues d’une efficacité redoutable au bar dont elle me chasse parfois car je ne respecte pas la bonne organisation. Pas s’étonner dès lors que je passe la soirée à boire des rouges avec les amis. En cuisine ça assure avec Yoann et Benji autour de Marlène qui s’organise pour sortir des dizaines de tapas en 1h30, à rendre jaloux les bars de Madrid ou de Barcelone. (Je ris là hein ! j'ai vu des endroits dans ces deux villes où près de 15 personnes sont aux fourneaux de 11h le matin à 23h le soir à sortir non pas des centaines mais des milliers de tapas à vous donner le tourni).
Donc on remet cela, au moins une fois par mois et toujours le jeudi dès la fin septembre
Et voilà que nous avons servi des pâtes à la farine d’insectes. Nous en rêvions depuis plus d’un an. Depuis en fait que Sophie et Géraldine Goffard nous ont expliqué qu’elles travaillaient à mettre au point des pâtes faites d’un mélange de farine d’insectes et de farine de blé. Personnellement, je crois beaucoup à l’alternative « insecte » en matière de protéine et je trouve que cette idée de commencer par les consommer sous forme de pâtes est une bonne entrée en matière. Le goût des pâtes n’est pas tellement différentes des pâtes traditionnelles et peuvent être accommodées avec n’importe quelle sauce. Ce premier WE, Marlène les a préparées avec un pesto d’épinards, de roquette et de menthe poivrée. Absolument succulent. Vendredi, nous avons servis nos six premières pâtes et les gens qui les ont consommées étaient ravis. Nous n’avons rien fait pour attirer l’attention dessus, c’était à la carte comme n’importe quelle autre entrée et dans mon commentaire j’en donnais une explication simple en mettant l’accent sur la sauce et en « banalisant » le produit, comme s’il était là depuis toujours. La concurrence était rude avec les couteaux de mer (fabuleux), le tartare de patates douces et guacamole devenu un must et enfin le ceviche de cabillaud. Je pense après observation que ceux qui ont choisi les insectes le faisait un peu par bravade, beaucoup par curiosité. Quatre hommes, une femme et une table mixte de quatre qui a pris une seule pâte pour la déguster ensemble. Des personnes curieuses de tout et qui vont à la rencontre du nouveau et de l’alternatif. Tous conquis. Je joins ci-dessous, après ma chronique la fiche de présentation réalisée par Sophie et Géraldine, les sœurs Goffard, qui avec ténacité et enthousiasme ont été au bout de leur démarche. Un monsieur m’a dit : là je suis convaincu, Ok pour d’autres insectes. Bravo les filles.
Il circule en ce moment sur Facebook un film tourné clandestinement dans un élevage industriel de poules pondeuses. J’ai trouvé cet élevage bien plus dégoûtant que beaucoup d’images d’insectes.
Samedi, il y avait une table de dix autour de Patricio, le patron de « La Pasta de la Mama ». Il a repris cette entreprise il y a quelques années et en fait une entreprise qui vise la qualité. Il m’a expliqué qu’il s’attachait maintenant à produire des nouveautés autour de l’épeautre et du quinoa. Il n’a pas été étonné de voir la pâte à la farine d’insecte à la carte et pour cause puisqu'il a collaboré pour aider du mieux qu’il pouvait les sœurs Goffard. On s’est lié d’amitié car on vient de la même région du centre et c’est un type que j’aime beaucoup. Pour ses vacances, il part en Sardaigne en….vélo. Je luis ai bien sûr parlé de Pino de la pizzeria Pino à Paris. Ils ont le même physique de cyclistes de montagne.
La soirée de samedi s’est terminée plus tôt que d’habitude. Les volets des autres restaurants étaient tous baissés et nous nous sommes aperçus que c’était la fête en Pierreuse et à minuit, il y avait encore pas mal de monde. Décidément, me suis-je dit, les liégeois sont gâtés d’offres culturelles et c’est tant mieux.
Allei, à la semaine prochaine. Ci-dessous la présentation des pâtes « Aldento

ALDENTO est une pâte de blé enrichie à la farine d’insectes. Ce qui veut dire qu’il y a du GLUTEN dans la pâte. Il s’agit d’une une fabrication artisanale. Les insectes utilisés dans la composition sont des petits vers de farine séchés (nom scientifique Ténébrions Meuniers). Ils sont moulus finement et mélangés aux autres ingrédients de la composition
La pâte est donc une source de protéines équivalente aux viandes ou poissons… Elle est source de vitamines, de minéraux et est riche en fibres.  C’est une pâte qui est nourrissante et légère à la fois, la sensation de satiété est prolongée par rapport à une pâte « blanche ».
Elle est l’allié idéale de tous les légumes de saison et comme repas avant une looooongue journée ou un entraînement sportif par exemple...
La couleur est très proche de la couleur d’une pâte complète mais nous travaillons avec une semoule fine de blé dur (pas complète). Ce sont les ténébrions meuniers qui apportent cette couleur et complètent le goût qui sera très proche également d’une pâte intégrale ou à l’épeautre.
La ferme d’élevage partenaire avec laquelle nous travaillons les nourrit exclusivement de céréales et des végétaux Bio (fruits et légumes). Elle revalorise des végétaux qui étaient sortis du circuit de commercialisation et qui représentaient du gaspillage alimentaire pour les agriculteurs de la coopérative.
Les insectes trouvent une place à table tout comme les autres ressources d’origine animales que ce soit des volailles, bétails, poissons ou crustacés  et aussi les protéines végétales… Ils sont bons pour notre équilibre alimentaire et pour alléger l’impact environnemental de nos assiettes.
 Il est important d’annoncer les avertissements concernant les allergies potentielles : 
+ Les personnes allergiques aux crustacés, mollusques et acariens sont susceptibles de manifester les mêmes réactions allergiques aux insectes comestibles.
+ Gluten
+ Oeufs
 INFOS Média : 
Pour nous suivre sur Facebook : Goffard Sisters
Pour consulter le site (qui est en cours d’actualisation !) : www.goffardsisters.com

lundi 23 mai 2016

journal d'un restaurateur (20)

Vous avez de la chance, je n’ai pas écrit ma chronique la semaine dernière et vous avez eu la paix. Si je l’avais fait, je vous aurais parlé de nouveau des deux soirées formidables que nous avions eues le WE de pentecôte. J’aurais parlé aussi de Modigliani que nous sommes allés voir avec nos petits enfants de 9, 7 et 4 ans. Ils ont adoré. La question qui revenait le plus souvent dans la bouche d’Antonin devant un tableau c’était : « il vit encore ? ». Il parlait du modèle. J’ai tenté de lui expliquer que le peintre et ses modèles étaient morts depuis près de 100ans mais que ses peintures vivraient encore longtemps et que vous, mes petits-enfants, iriez encore voir Modigliani même quand Nono sera mort. J’aurais bien fait de tourner sept fois ma langue dans ma bouche car Elsa m’a entouré de ses bras, les larmes aux yeux pour me dire « tu ne vas pas mourir hein Nono »…Le soir à l’auberge de jeunesse Stéphane Hessel où nous logions, chacun a redessiné avec précision les nez et les yeux caractéristiques des peintures de Modigliani.
Je vous aurais parlé aussi du parc d’attraction pour les poussins près du zoo de Lille. Féérique. Il y a là des centaines de familles avec de tout petits enfants qui ont le choix entre toutes sortes de carrousels, de trains, de voitures électriques etc…Quelle splendide idée. Cela complèterait magnifiquement le parc de la Boverie ou les pelouses de la citadelle de Liège. Seul ombre au tableau : « la mal bouffe ». Il y a une seule brasserie dans le parc et la nourriture y est franchement dégueulasse. C’est d’ailleurs généralement le cas dans tout le centre de Lille. Nous adorons y aller car les expos à Villeneuve d’Ascq ou au Tri postal sont souvent de grande qualité mais il est difficile de trouver un bon restaurant. Si quelqu’un à de bonnes adresses ??
Les petits enfants me manquent les jours qui suivent nos excursions, mais le travail reprend vite ses droits et nous pensons alors à la prochaine sortie avec eux. Notre semaine a été bonne et notre vendredi soir aussi. Nous avons d’ailleurs terminé la soirée avec D et F. que nous apprécions beaucoup. F travaille pour les affaires étrangères et D dans le privé. Mais voilà que nous apprenons que D est passionné de cuisine, à tel point qu’il voudrait s’y former de façon rigoureuse et passer le jury central. Quelle magnifique idée. Quand ils viennent à Como en casa, F et D prennent souvent les 4 entrées qu’ils se partagent, ce qui leur permet ainsi un menu dégustation. Nous leur avions un jour proposé un menu « même pas peur » à l’occasion de la sortie de l’hôpital de S. un ami commun.  Nous leur avions alors servis 7 mets différents. Inutile de vous dire qu’ils ont adorés. Donc je crois bien que les routes de D et Marlène se croiseront à l’avenir.
La soirée de samedi a été plus calme et grâce à cela, nous y avons fait de magnifiques rencontres : avec un couple de Leuven qui était tellement enchanté qu’ils voulaient absolument faire découvrir cela à d’autres. Leur souci était de savoir s’ils commenceraient par leurs parents ou par leurs amis. Il y avait à une autre table,  deux jeunes femmes souriantes qui ont passé toute la soirée chez nous. L’une d’elles est graphiste et trouverait génial qu’on puisse un jour collaboré si cela se présentait car elle a déjà travailler pour la pub d'autres restaurants. Et enfin, nous avons reçu une tablée de 9 personnes autour de la trentaine, réunis par une fabuleuse amitié. Nous avons pu nous occuper d’eux à la perfection, tant au niveau de la préparation des plats qu’au niveau du service. Bien nous en a pris. C’est la solidarité qui les réunissait et nous avons compris, au moment où ils partaient que nous avions contribué sans le savoir à rendre le malheur vécus par deux d’entre eux, plus supportable ou en tous cas moins insupportable.
Quand nous avons quitté Como en Casa, nous nous sommes dits que pour certains, la vie était bien cruelle, qu’il y a des choses qu’on ne peut empêcher, on se sent alors impuissants et tout ce qu’on peut faire c’est être à l’écoute, accueillir les gens comme si c’était chez nous, avoir un service personnalisé et se dire qu’il faut à tout moment être attentifs aux autres.
Dimanche, nous avions un cuisinier à domicile. Il s’agissait de Yoann qui pour l’anniversaire de sa maman, avait concocté un menu d’une finesse et d’une délicatesse à faire pâlir d’envie les meilleurs cuisiniers. Quant aux vins pugliese, j’vous dis pas : Negro amaro pour commencer, Nero di Troya ensuite et Primitivo pour terminer. Sublime.
Allei cette semaine va être fabuleuse. On vous attend au concert de Fragrances. Il reste une dizaine de places. Vite : 042320004 ou 0498 110980

lundi 9 mai 2016

Alain, l'amitié, la vie, la mort

Alain Vandervelde est décédé ce dernier 3 mai, il a été enterré ce samedi 7 mai. Il aurait eu 65 ans ce prochain 25 mai. Sa mort me touche et j’essaye de comprendre pourquoi.
Nous l’appelions VD. C’était un membre de notre bande du temps de notre adolescence et jeunesse. Pour tout vous dire, sur les 45 dernières années, je n’ai revu Alain qu’une seule fois, au concert que donnait Arno au parc Pater à Soignies. Mais nous nous sommes revus comme si le temps n’avait pas passé, comme des frères qui restent frères toute leur vie quoi qu’il arrive. Mais quand même 45 ans sans se voir et cette impression que cela est passé si vite.
J’ai déjà perdu quelques amis aussi je me demande pourquoi la mort d’Alain me touche différemment. J’ai perdu des proches auxquels j’étais très attachés, ma mère,  mon père, mon oncle. J’ai perdu des amis, un à 18 ans, un autre à trente ans, un autre à 60 ans. Certains à qui j’ai pu dire au revoir, d’autres pas. A chaque fois les sentiments et émotions sont différentes. Chaque mort me questionne sur le sens de la vie.
Et donc j’essaye de comprendre cette différence de sentiment avec la mort d’Alain. Il est vrai que dans notre bande il avait une place particulière, ce n’était pas le leader, mais c’était celui que tout le monde aimait, qui s’entendait avec tous, il était le camarade indéfectible. Il était aussi le plus beau, nous l’admirions aussi pour cela car ado, le regard des autres comptent beaucoup. Très tôt, Alain est sorti avec Marie Noëlle que nous appelions Mino.  Pour nous tous, il ne faisait à l’époque aucun doute qu’Alain et Mino étaient faits l’un pour l’autre. Ils étaient beaux, plein de fraîcheur et leur couple allait de soi. La vie n’est pas un long fleuve tranquille et se retrouver jeunes avec une famille et enfants à porter n’est pas simple. Alain et Mino se sont séparés quelques années plus tard.
Alain a continué une vie simple, où les amitiés, la camaraderie et les « guindailles » suffisaient. Je dis cela au vu des hommages qui lui sont rendus et de ce qu’on m’a dit de lui. Je ne sais pas si Alain a été heureux dans la vie, s’il considère avoir « réussi » sa vie. Peut-être ne se posait-il même pas la question.
J’ai revu Mino il y a un an et demi et nous nous voyons assez régulièrement puisqu’elle habite la province de Liège. Elle vient au resto et nous aide lors des concerts que nous organisons. Sans doute ceci explique un peu cela. Revoir Mino c’est bien sûr pour moi, revoir Alain.Nous avons d'ailleurs réuni les amis de notre jeunesse récemment. Alain n'y était pas.
Mais je crois que la différence avec mes autres amis décédés, vient surtout du fait que nous étant peu revus, dans mon esprit, Alain est resté l’Alain de dix-huit ans. Je ne l’ai pas vu vieillir. J’ai alors l’impression que quelque chose de ma jeunesse s’en va. Je me dis que dorénavant d’autres vont partir. Que la vie passe et qu’on approche du bout. Sans doute la dernière partie vient de commencer et qui sait si elle durera au plus une vingtaine d’années.  
Et donc quand Mino m’a annoncé sa mort, moi j’ai revu Alain sur la motte clypot (une motte est à la carrière ce qu’un terril est au charbonnage) qui était un temps notre terrain d’aventures, nous y allions avec le patro. J’ai revu Alain dans notre café « Les Touristes » où lui et Tchoul éclusaient des bières à n’en plus finir, j’ai revu Alain qu’on enviait avec ses cheveux mi long, ses Lee Cooper qui lui allaient si bien, ses regards échangés avec Mino qui ne laissaient aucun doute sur leur amour.
Et j’ai retenu mes larmes en pensant que notre bande d’amis de jeunesse venait d’être amputée à tout jamais.

lundi 2 mai 2016

Journal d'un restaurateur (19)

Nous sommes de plus en plus souvent surpris par les « non réservations ». Pour la cuisine c’est toujours un défi. Ainsi vendredi, nous approchions les 20 réservations et nous nous sommes retrouvés avec 50 couverts à assurer. Cela s’est bien passé et finalement, nous avons eu une fin de soirée agréable avec plusieurs grandes tablées dont une de 8 jeunes femmes qui fêtaient l’anniversaire d’une des leurs. Samedi, ce fut plus calme mais quand même 37 couverts pour 12 réservations. Bon, ben, je pense qu’il faudra s’y faire et que les gens, surtout dans les 25-35 ans, préfèrent ne pas planifier. On voit très bien, que les personnes plus mûres ne veulent pas risquer de venir et de se retrouver confrontés à « plus de place » tandis que pour les plus jeunes le risque et l’impro leurs conviennent.
Samedi, à 23h30, tout le monde était parti, ce qui nous permettait de rentrer plus tôt et de n’être pas trop fatigués pour aller fêter l’anniversaire de notre petite Elsa…8 ans déjà. C’est la petite de mon fils Dimitri, qui est installé avec sa femme Delphine comme boucher traiteur à Braine Le Comte. Ce sont deux passionnés et cela se traduit parfaitement dans la qualité de leur travail.
Surprise ce dimanche : au lieu de nous faire le traditionnel entrée, plat, dessert ou le BBQ aussi traditionnel, ils nous avaient préparés, après toutes sortes de petites tapas délicieuses, des hamburgers!!! De vrais hamburgers qu’il nous fallait préparer nous-mêmes, avec des pains spéciaux, des sauces au choix, des salades et autres garnitures. Mais alors quels hamburgers !! Nous avions le choix entre celui au bœuf de salers ou celui au cochon ibérique. Evidemment, je me suis payé les deux et je ne fus pas le seul. Un pur régal. C’était beau de voir les grands parents de Delphine (près de 90 ans) se régaler de ces mets contemporains et complètement revisités. Quel beau dimanche
Dans un autre registre, nous avons eu beaucoup de compliments suite à ce qui nous était arrivés la semaine dernière avec le groupe de restaurateurs parisiens. A cette occasion, j’ai reçu une réaction de ma cousine Yvette qui m’a fait énormément plaisir. Yvette est ma cousine par alliance, elle a épousé Bruno Mancini, (un de mes oncles était Orlando Mancini qui avait épousé une soeur à ma mère) qui est originaire d'Azzinano, un hameau de Tossicia. Ils ont une très belle maison là-bas et leur terrasse se situe face au gran Sasso. Yvette me dit que Bruno peut passer des heures sur la terrasse à contempler la majestueuse montagne abruzzaise. Comme je le comprends. Moi de même, je ne m’en fatigue pas quand je suis là-bas. Je crois qu'on doit nous prendre pour des cinglés, mais on s'en fout, c'est trop fort.
Bon voici mon échange de messages avec Yvette. Elle m’écrit :   
« Nous sommes heureux et fiers pour vous deux. Vous le méritez, d'autant plus que vous n'avez pas pris " la grosse tête" et je vous envois le bonjour de Tossicia où nous sommes pour l'instant. A part Pasta e fogioli, (dont j’ai parlé avec Pino.NDRL) ici le 1er mai on, mange " le virtu "! Tu connais ? Bonjour à Marlène et saluto e abraccio di Rosanna ! (Rosanna est une autre paesana de Tossicia NDRL) »
J’en ai profité pour demander à Yvette (qui connait les Abbruzes mieux que moi)si elle pouvait m’en dire plus sur le « virtu » dont je ne me souvenais  pas et lui ai aussi demandé si c’était vrai qu’en Abrruzzaise, on dit scripelle au lieu de Cripelle en italien pour désigner les crèpes au bouillon. Sa réponse
« C'est vrai, on dit « scrippelle m'busse » (crèpes roulées autour du parmesan râpé, déposées dans une assiette et sur lesquelles on verse du bouillon de poule). Quant au " virtu ", c’est une préparation qui démontre le sens de l'économie des mammas abruzzaises qui a la fin de l'hiver vidaient les réserves de pâtes et de légumes secs, y ajoutaient les restes de jambon, lard, etc. faisaient cuire le tout en y mettant à mi-cuisson des pâtes fraîches comme des tortellinis ou autres et des légumes de printemps. Cela donne un énorme minestrone que toute la province de Teramo déguste le premier mai,...et aussi le reste du mois... Pratiquement tous les restos de la région le mettent à la carte ce jour-là. On peut aussi en emporter à domicile. J'essayerai de te procurer la recette officielle, mais chacun a sa recette de famille ! »
Quelle belle histoire n’est-ce pas. J’ai toujours dit que la cuisine est la plus belle traduction de la culture d’un peuple et de son environnement. 
Ah, que je serais heureux que vous puissiez goûter notre cuisine traditionnelle des Abruzzes, celle avec laquelle j’ai grandi : la pasta con fagioli, les scrippelles ‘m busse, i spaghetti à la chittara, la salsiccia nel grasso (saucisses conservées dans des vessies emplies de saindoux) et j'en passe et combien. Mais j’aimerais aussi que vous ayez un jour l’occasion de vous asseoir face au Gran Sasso, en dégustant un petit vin blanc frémissant comme le vinifiait mon zio Guerrino, (et dont je retrouve le goût dans un Lirac que je sers au resto et qui contient un cépage peu connu, le Bourboulenc) ou un Montepulciano aussi délicieux que celui que nous avons bu hier avec les enfants. 
Oh et puis je voudrais aussi qu’on puisse avec vous faire une immense fête à Pietra Camela, pas loin de Tossicia et classé parmi les plus beaux villages d’Italie. Sa place semble être une scène de théâtre et le village à l’arrière fait de ruelles, d'escaliers et de maisons imbriquées les unes dans les autres, un tableau représentant la splendeur de l’Italie rurale et montagneuse.
Bouhou !! Quelle nostalgie hein !!! Merci Yvette. Demain, je vous reparle de la soirée Barbara.

mercredi 27 avril 2016

Hommage à Gian Maria Testa

Le 30 mars dernier, Gian Maria Testa, chanteur-poète italien, est mort d'une tumeur au cerveau. Tous ceux qui le connaissaient ou qui avaient eu l'occasion de le voir sur scène à Liège,  l'aimaient, aimaient la simplicité du personnage, sa gentillesse, son engagement auprès des migrants...
J'ai appris sa mort par Jacky sur Facebook. Jacky est un client devenu ami, il est le compagnon de Flavia elle aussi devenue une amie. Je l'appelle parfois Flavita par amitié. Comme elle connaît l'italien mieux que moi, je lui ai demandé de traduire un des poèmes le plus connu de Gian Maria Testa. Elle l'a fait littéralement par respect pour l'auteur. J'ai fait deux petits changement dans la première phrase. C'est une exercice difficile la traduction. Tout grand merci Flavia. Je voulais simplement que ceux qui ne connaissaient  pas Testa le connaissent et que ceux qui ne comprennent pas l'italien comprennent sa poésie
Voici donc :
Sono belle le cose, belli i contorni degli occhi
Que les choses sont belles, beaux les contours des yeux
E i contorni del rosso
Et les contours du rouge
Gli accenti sulla a, lacrime di pagliacci
Les accents sur les a, larmes de clown
Le ciglia delle dive
Les cils des stars
Le bolle di sapone,
Les bulles de savon
Il cerchio del mondo è bello
Le cercle du monde est beau
L'ossigeno delle stelle
L’oxygène des étoiles
E la poesia dei ritorni, 
Et la poésie des retours
Di emigranti e isole,
Des migrants et des îles
Cercando l'invisibile : l'appartenenza
Cherchant l’invisible : l’appartenance
È bello il fuoco
Le feu est beau
E il sonno
Et le sommeil
E il buio petulante gola dei fantasmi
Et l’obscurité, gorge pétulante des fantômes
E il brodo primordiale padre nostro
Et le bouillon, notre père primordial
Che cola in questi nomi
Qui s’écoule en ces noms

lundi 25 avril 2016

Journal d'un restaurateur (18)

Il faut que je vous raconte ce qui nous est arrivé, nous n’en revenons pas nous-mêmes.
Nos deux soirées de fin de semaine ont été magnifiques et nous avons presque fait le plein les deux fois. Nous sommes fiers de tous nos clients. Ce vendredi et samedi, nous avons reçus beaucoup de nouveaux et la plupart par table de quatre. Ils viennent le plus souvent grâce au bouche à oreille, et d’une façon ou l’autre nous disent « on nous a dit du bien de votre resto alors on vient voir. » Et quand ils sont satisfaits, nous en sommes heureux et satisfaits à notre tour. Pour nous tout le monde a la même importance et nous les servons tous aux mieux.
Nous avons des clients-amis très amateurs de restaurants et de fines cuisines, qui nous racontent leurs escapades gourmandes et qui placent notre cuisine pas toujours  en tête mais souvent dans le haut de leur classement. Il s’agit de trois couples différents et leur avis comptent beaucoup pour nous.
Bien sûr quand nous recevons d’autres restaurateurs ou cuisiniers et que ceux-ci nous complimentent, c’est encore différent, car cela vient de praticiens qui savent ce que c’est de sortir 50 couverts d’une égale qualité.
Nous savons que rien n’est jamais acquis et tout doit être remis sur le métier à chaque fois.
Mais ce qui nous est arrivé samedi est une première. C’était un défi et nous l’avons bien relevé.  Bon allez, je vous raconte donc :
Ce dimanche avait lieu la classique Liège-Bastogne-Liège. Nous savons Marlène et moi que les veilles de classique nombre de cyclistes amateurs font le parcours des professionnels. Notre beau frère Jean Louis a fait à plusieurs reprises certaines étapes du tour de France et souvent les plus difficiles.
Donc les hôtels liégeois étaient combles de tous ces amateurs. J, de l’hôtel Neuvice, avait réservé une table pour un groupe de 12 personnes présentes à Liège pour la course. Elle m’a juste dit qu’il y avait parmi eux un directeur d’un grand hôtel parisien et qu’il souhaitait manger du « bon produit » dans un endroit où ils puissent être tranquilles entre eux. Une dame, anglaise, avait organisé leur séjour et est arrivée légèrement en avance, s’excusant que trois membres du groupe avaient dû rentrer de suite sur Paris et que les autres seraient légèrement en retard mais qu’ils avaient très faim car ils terminaient leur Liège Bastogne Liège. Bon le resto était bondé et c’était bien que ce groupe vienne après le coup de feu. Ils sont arrivés à 9 h et il m’est apparu assez rapidement que nous avions affaire à un groupe sympa. Une dame (avec l’anglaise, elles étaient trois femmes et donc six hommes) me dit discrètement, « vous avez à table de grands restaurateurs parisiens »…ah, me suis-je dit, bon, je ne vais rien dire en cuisine pour ne pas mettre la pression et je me suis surpris à être confiant sur la suite.
C’était sans compter sur les présentations que tenait à me faire le monsieur qui semblait à l’évidence être le leader du groupe. A commencer par lui-même : Werner Kuchler, directeur du restaurant du Plaza athénée de Paris, un cinq étoiles avec comme chef Alain Ducasse, multi étoilés et mondialement connu.  Kuchler a été élu meilleur directeur de restaurant. C’est une très forte personnalité et il suffit de taper son nom dans google pour se faire une idée de la richesse humaine du personnage et si vous ajoutez à son nom « la règle du jeu, vous trouverez un article qu’il a écrit sur sa vision de la cuisine.
Il y avait aussi Philippe Leboeuf, manager général du Mandarin Oriental, où officie Thierry Marx, deux étoiles au Michelin, très connu pour sa participation au jury de top chef et ses recherches en gastronomie moléculaire. Taper aussi Philippe Leboeuf dans google et vous tomberez sur son impressionnant CV.
Autre fana de vélo présent, Pino de  « Pizza Pino « , qui avec ses 140 pizzaiolos sort des millions de pizza que s’arrachent des millions de touristes qui peuvent ainsi se payer pour 15 euros un plat de très grande qualité, sur les Champs Elysées.
L’organisatrice avait demandé si nous accepterions qu’ils viennent avec leur propre champagne car il y avait parmi eux Loïc Scharbarg  des champagnes  Castelnau, sponsor du Tour de France. Toute cette bande disposait d’un coach qui était là lui aussi : Cédric Vasseur, maillot jaune lors de la cinquième étape du Tour de France 1997. Le dernier homme était un ancien ingénieur de l’industrie textile, aujourd’hui retraité. C’est lui qui, à un moment de la soirée est venu près de moi au bar pour m’expliquer que ce qui les rassemblait était le vélo, qu’ils faisaient nombre de classiques, qu’ils avaient fait le tour de France, mais aussi la route 66 aux Etats-Unis, 3000 km en alternant vélo et car.  Il m’informa également qu’une des dames qui était là était la patronne des danseurs de l’opéra de Paris.
Bon évidemment, ma nervosité était montée d’un cran quand même et bien sûr … je me suis gouré dans la prise de commande. Madame Kuchler m’a dit discrètement et gentiment, « prenez un papier où il n’y a rien de déjà écrit et cela sera plus facile », j’avais en effet pris un morceau de papier sur lequel il y avait des griffonnages d’autres commandes. Ils ont tous accepté de bon cœur de refaire leur commande.
Au fur et à mesure que les plats étaient servis la pression est tombée et j’ai vite senti avec les entrées que c’était gagné. Pino m’a dit qu’il avait rarement mangé une scamorsa comme la nôtre et plusieurs ont dit que le tartare de patates douces au guacamole était un parfait délice. 
Evidemment comme tout grand restaurateur, certains y sont allés de demandes particulières. Nous y sommes habitués car il est rare que l’on ne nous demande pas de corriger telle ou telle composition pour des allergies ou des intolérances alimentaires. Ici ce n’était pas l’objet : Kuchler souhaitait un plat de pâtes en supplément à son boeuf aux légumes, Pino demanda du risotto aux asperges avec son bœuf et sans légumes, et  Scharbarg souhaitait le bœuf tel que prévu au pavot mais préparé en petites lamelles (ce que nous faisons régulièrement et nous appelons cette formule le bœuf à la Jean Marc, du nom du premier client qui nous avait fait cette demande). C’est Pino qui a choisi le Fortuita, un vin des Pouilles que j’apprécie beaucoup. Tous ont apprécié la cuisson des légumes et deux suppléments ont été demandés ainsi qu’un plat d’asperges dont nous leur avons fait la surprise.
Quand Marlène est sortie de la cuisine, je n’ai pas eu le temps de la présenter, tous se  sont levés et se sont mis à l’applaudir. Chacun a tenu à l’embrasser et Kulcher tenait à lui dire qu’avec Ducasse, il voulait aussi développer une cuisine nature et Marlène et lui sont partis dans une discussion passionnée. De toute évidence, le grand directeur était sincèrement séduit.
Pendant ce temps, Pino et moi tombions dans les bras l’un de l’autre en découvrant que nous venions du même coin d’Abruzzo, lui de Giulianova (qui est la plage que je fréquentais dans les années où n’y existait aucun hôtel) et moi de Tossicia qu’il connaît très bien quand il y passe en vélo pour aller au Gran Sasso. « Ma siamo paesanni » s’exclama-t-il !! Nous avons parlé pizza et je lui ai dit que justement la semaine prochaine nous mettions notre pizza végétarienne à la carte. Nous avons parlé cuisine abruzzese. Son oncle gère un excellent restaurant dans la vieille Giulianova « la Bellavista ». Il m’a fait promettre que quand il reviendrait l’an prochain, nous lui préparerions la Pasta con Fagioli. Il s’agit de notre plat national, sans aucun doute le meilleur du monde et je le dis en toute objectivité et sans chauvinisme hein !!!. Pino m’a dit de ne pas passer à Paris sans aller le saluer et goûter sa pizza sur les champs Elysées.
Tout cela venait après une semaine riche en émotion de toutes sortes et d’autres rencontres dont je vous parlerai une autre fois.

Quand ce groupe de VIP est parti, il était minuit et quelques, le volet des restaurants voisins étaient baissés. Nous étions fatigués mais tellement contents et l’adrénaline trop présente nous empêchait d’aller de suite au lit. Nous avons éclusé un excellent crémant d’Alsace. Nous nous sommes dit que quelque chose était arrivé dont nous pouvions, en toute modestie, être fier, mais que chaque jour était différent, que nous n’allions pas nous prendre la tête et que demain, nous allions continuer à faire des choses bonnes pour tout le monde, propres et justes.  Et aussi, que nous ne devions surtout pas oubliés de remercier nos amis de l’hôtel Neuvice de la confiance qu’il nous accorde en nous envoyant des clients aussi prestigieux.

lundi 18 avril 2016

Journal d'un restaurateur (17)

Magique, la soirée de samedi a été fabuleusement magique. D’où cela vient-il ? Sans doute y a-t-il des jours où nous sommes plus en forme que d’autres, plus ouverts, plus attentifs aux gens qui sont là, à leurs attentes, à leur plaisir. Dès 18h30, quatre tables sont arrivées, coup sur coup, dont trois jeunes sœurs emmenées par l’une d’elle qui était déjà venue avec son père. Je m’en souvenais car il avait écouté sans ciller mes explications sur l’araignée de porc et ce n’est que quand j’eus terminé qu’il m’informa qu’il était boucher de profession. Ces trois sœurs étaient hyper-sympas, elles avaient 1h30 pour manger car elles allaient à un spectacle au Forum, je ne sais plus lequel. En partant, elles m’ont dit au revoir « Mario » en rigolant. Je me demande où elles avaient appris mon prénom.
Une autre table était occupée par trois autres jeunes (bon quand je dis jeunes, j’estime leur âge entre 25 et 35 ans, des gosses quoi !). Ces trois derniers gèrent un salon de tatouage à Rocourt. Bien sûr, nous avons parlé tatouage mais surtout lunettes car l’un d’entre eux outre quelques piercings, portait des lunettes superbes et originales. Il m’a expliqué qu’il en avait toute une collection et qu’il en achetait à chacun de ses voyages. Ces dernières venaient d’Irlande. La plupart du temps ce sont des solaires de qualité et dès qu’il rentre en Belgique, il demande à son opticien d’y mettre ses verres correcteurs.
Il y avait bien sûr les trois tables habituelles de couples venant de Flandre, toujours très sympas et heureux d’être là et aussi une table internationale (une italienne, un français, une maltaise et une belge). Je ne connais pas très bien leur organisation mais ils se réunissent tous les deux ou trois mois à Liège et viennent toujours manger chez nous. On finit par se connaître, le français apprécie beaucoup notre carte de vins. Ils ont choisi Leblanc (c’est le nom du vin) de Lirac, il contient 15% d’un cépage très peu connu, le Bourboulenc, qui donne un goût très particulier et extraordinaire à ce vin composé majoritairement de Roussanne et de Marsanne. Je me l’étais procuré au salon des vins bio de la semaine dernière.
Depuis que Dina et Pauline sont là, je peux me permettre de passer plus de temps avec les gens une fois le coup de feu terminé. Ces deux filles sont de vraies travailleuses et je peux vraiment m’appuyer sur elles. J’ai passé un long moment avec un couple de retraités, qui était déjà venus mais avec qui je n’avais jamais eu l’occasion d’échanger.  Lui a été avocat en début de carrière, puis juge, il a siégé dans quelques cours d’assisse et il a terminé les quinze dernières années comme juge de paix. C’est cette dernière partie de carrière qu’il a le plus appréciée. Comme je lui disais que nous avions eu en semaine une table de 30 juristes démocrates, nous avons passés un certain nombre de noms en revue et il m’a dit qu’en fait il avait été avec maître Raskin, l’un des fondateurs de l’Association Liégeoise des Juristes Démocrates.
Sa femme a été enseignante toute sa vie. Biologie et physique. Nous avons discuté de l’évolution des rapports enseignant-élève et comme à ce moment, les tatoueurs sont venus me dire au revoir, nous avons parlé de l’évolution de l’habillement et de l’apparence physique (cheveux longs, cheveux ras, tatouages, piercings). Je leur ai montré la photo de ma classe d’école primaire de Strépy, et me suis rappeler que notre instituteur, monsieur Jadoul, était toujours en costume et cravate et recouvert de son tablier en grosse toile grise. La dame a expliqué qu’elle avait toujours porté une tenue classique dans son métier de prof, même si chez elle, elle pouvait porter jeans et sandales. La conversation a porté sur le fait de savoir si en s’habillant de façon décontractée ou ordinaire ou comme les jeunes, les profs ne perdaient pas une part de leur autorité et de leur respectabilité face aux élèves. Intéressante question  mais très difficile. Comment réagiraient des élèves aujourd’hui face à un prof qui porterait chaque jour costume et cravate ?
Nous sommes passés du coq à l’âne et le juge a raconté qu’au Palais de justice de Liège, dans l’ancien palais des Prince évêques, les juges n’avaient pas de bureaux !!Il y avait juste au sous-sol une petite salle avec des armoires métalliques et deux bureaux eux aussi métalliques. C’est là que se trouvaient les dossiers et c’est là que les juges les étudiaient !!!Vous imaginez cela, me dit-il. Lui avait pris l’habitude de reprendre ses dossiers le vendredi en fin de journée et de les étudier chez lui le WE. Quand il a été nommé juge de paix dans une ville voisine, il disposait d’un vaste bureau de 40 m2 et de deux secrétaires pour l’assister ; donc me disait-il ce n’était pas la fonction qui créait les bonnes conditions de travail mais le hasard des bâtiments disponibles. Autre info intéressante, ils venaient d’assister au Palais à une représentation  (avec des avocats et des comédiens) d’un procès d’Assisse. Il trouvait cette reproduction assez bien faite et crédible (c’est pour avoir son avis qu’on l’y avait invité). Il m’apprend que cela se fait régulièrement comme moyen de formation des jeunes avocats.
Nous avons terminé la soirée avec un couple venant de Plainevaux. Ils étaient là pour la première fois, ils passaient par hasard et nous dirent qu’ils avaient superbement mangé. La discussion a tourné autour de la nourriture, des préparations et des légumes oubliés. La dame est fana de cuisine et consomme autant que possible du bio. Marlène et elle ont longuement discuté et vraiment sympathisé.
Je crois que samedi, personne n’a quitté le restaurant sans nous remercier et nous féliciter.
Quand nous sommes partis, il était minuit passé. Les autres restaurants avaient baissés leur volet et je me suis repassé le film de la soirée. Quand le restaurant est plein comme ce samedi, il y règne une ambiance que j’appelle de brasserie où même le repas terminé, les gens restent (le restaurant a commencé à se vider à partir de 11h ou 11h30), parlent entre eux et j’adore ce brouhaha. Parfois, de mon bar-comptoir, je regarde les gens, je suis heureux qu’ils soient heureux, que grâce à notre lieu et notre cuisine, leur soirée est réussie et qu’ils pourront rentrer chez eux content de leur soirée J’ai aussi pensé dans la foulée des petites phrases de la semaine dernière à ce compliment que nous a fait un monsieur érudit à propos de la crème brûlée : « Je crains que les fondements de ma laïcité ne vacillent et qu’en goûtant cette crème brûlée, j’en arrive à penser que Dieu existe ». Beau hein !!

Allei, j’ai été long, mille excuses. Bon maintenant il vous faut penser sérieusement à réserver pour Barbara hein. C’est le 12 mai.