jeudi 10 mai 2012

Et je devins boulanger (3)


Outre Fernand l’aîné, Gilbert et Andrée avaient trois filles. Chantal qui suivait Fernand, était fine, jolie et élégante. Elle travaillait à Bruxelles, nous ne la voyions que lorsqu’elle venait dire bonjour et au revoir à son père, vers les sept heures, avant de partir prendre son train. Elle allait se marier quelques mois après mon arrivée et elle est celle que j’ai le moins connue. Fernande – et oui, c’était un prénom fétiche dans cette famille puisque la femme de Fernand s’appelait aussi Fernande, ainsi donc que sa deuxième sœur. Elle était grande, forte sans être grosse et avait une chevelure de feu. Elle terminait ses études, et durant les congés scolaires, elle m’aidait souvent quand il s’agissait de couper et d’emballer les pains. Elle était deux ou trois ans plus âgée que moi mais sommes néanmoins devenus amis et le sommes restés après que j’aie quitté la boulangerie. La dernière, Marie Anne, avait à peine six ans, elle était très souvent dans le four avec nous, à vouloir jouer à cache-cache. Elle adorait se cacher dans les armoires de fermentation ou dans le pétrin, où un jour, elle finit par faire …son petit pipi.
Fernande, la sœur de François, nous présenta un samedi son fiancé André. Il travaillait comme comptable dans une entreprise de Bruxelles. Un samedi, à 5 heures le matin, André se présenta, en chemisette, prêt à nous aider. Il travailla ainsi quelques semaines à mes côtés, je lui apprenais à reconnaître les nœuds et à faire les gestes répétitifs qui n’ont maintenant plus de secret pour vous. Daniel appris assez vite mais cru, trop vite, tout savoir et était décidé à nous en remonter. A l’époque, Pierre VDM était déjà parti faire sa vie avec Laurette et Simon l’avait remplacé. Simon travaillait très calmement, ne courrait jamais mais était un faux lent. La production suivait, son temps de découpe n’était pas supérieur au mien ou à celui des autres. Simplement, il était économe de ses gestes et ne s’excitait pas inutilement. André de son côté, voulait plaire au patron, son futur beau père, il faisait du zèle, trop de zèle. Son attitude nous faisait autant rire qu’enragé. Il prenait son petit déjeuner en quelques minutes et nous montrait ainsi du doigt : « voyez comme ils gagnent du temps de pause ». Très vite les incidents arrivèrent. Simon râlait de plus en plus, l’ambiance devenait électrique dés qu’approchait le vendredi. En effet de plus en plus souvent, André prenait congé de son entreprise pour travailler avec nous le vendredi et le samedi. Le premier incident fut sans gravité mais coûta vingt litre de lait et une bonne quantité de pudding : pour préparer la crème pâtissière, nous faisions bouillir le lait et préparions à part un mélange de lait froid, de pudding et de sucre. Nous versions ce mélange dans la casserole d’eau chaude dés que le lait se mettait à bouillir. En pratique, nous savions plus ou moins combien de temps était nécessaire pour que le lait bout.  Chacun, qui passait près de la casserole, prenait la spatule en bois pour tourner dans le lait et l’empêcher de brûler. Quand le lait était prêt de bouillir, Simon prenait le seau avec le mélange froid et se postait devant la casserole attendant les gros bouillons. La plupart d’entre vous le savent, si vous versez le froid avant que le lait ne bout, c’est fichu, votre pudding est raté et il est pratiquement impossible de le rattraper. Vous le savez, mais André ne le savait pas. Nous assistâmes, Gilbert et moi à la scène : André jugea que Simon perdait (ou gagnait) du temps à touiller dans son froid, arriva derrière lui, lui arracha le seau des mains et le versa dans la marmite. Nous n’eûmes que le temps de crier NOOOON !, il était trop tard. Il eut beau tourner et touiller encore, rien n’y fit, le pudding était fichu. En fait, pour les petites quantités, il est possible de le rattraper en utilisant la maïzena mais pour 20 litres, la quantité de maïzena nécessaire aurait dénaturé le pudding. Gilbert ne supportait pas les conflits et les tensions et cette fois-là comme toutes autres fois, il disparut rapidement pour aller conter ses malheurs à Andrée qui venait alors au fournil essayer de remettre un peu de calme. Mais l’ambiance se dégrada encore et la tension monta d’un cran les semaines suivantes. Le deuxième incident aurait pu être grave et Simon aurait pu être blessé : Les armoires à paniers mesuraient plus de deux mètres de hauteur, un mètre septante de largeur et quatre vingt centimètres de profondeur. Elles étaient lourdes mais facile à déplacer grâce aux solides roulettes dont elles étaient pourvues. Nous les disposions l’une devant l’autre pendant la fermentation. Avant de venir placer la seconde devant la première, nous « farinions » les pâtons. Il s’agissait de saupoudrer les pâtons de farine, ce qui les empêcherait de coller à la pelle au moment de l’enfournement. C’est ce à quoi était occupé Simon quand André arriva, sans crier gare et beaucoup trop rapidement, poussant la deuxième armoire. La trop grande vitesse l’empêcha de la retenir et elle vint écraser Simon, pris en sandwichs entre les deux chars, comme nous les appelions parfois. Heureusement, un réflexe permit à Simon de s’arcbouter et d’encaisser le choc sur l’arrondi du dos. Sans cela il aurait été littéralement écrasé de la tête aux pieds comme le coyote dans les dessins animés. Chacun y alla de son engueulade, tentant de provoquer un choc salutaire chez André et de l’emmener ainsi la raison. Même Fernande, avertie, vint lui dire qu’il fallait travailler plus calmement et qu’il ne servait à rien d’aller plus vite. De fait, rien n’aurait pu de toute façon accélérer la cuisson des pains qui occupaient le four.
Simon menaça de remettre son tablier si cela arrivait encore. André s’excusa, promettant que cela n’arriverait plus.
Mais le pire arriva et seul André en paya les conséquences. Cette fois-là, Simon avait en mains le crochet pour sortir les tôles du dessous sur lesquelles nous enfournions les platines. Il y avait trois courtes opérations à mener. Ouvrir, grâce aux contrepoids une porte basculante, tirer en arrière à l’aide du crochet le chariot sur lequel posait la tôle et enfin, à l’aide du même crochet, tirer la tôle sur les rails du chariot. La tôle était chauffée à 250 degrés car le temps d’enfournement allait faire baisser la température de vingt degrés. Nous comprîmes de suite qu’André jugea de nouveau Simon trop lent à la manœuvre. Il l’écarta d’un coup d’épaule et au lieu de se saisir du crochet, empoigna la tôle à pleines mains. Nous hurlâmes tous. Nous hurlâmes de douleur car nous savions ce que c’était que de se brûler. Cela nous arrivait presque quotidiennement de toucher la tôle avec la main ou de nous brûler avec une platine… La brûlure faisait l’effet d’un choc électrique qui vous vrillait le coude et parfois les épaules. Mais, quand nous nous brûlions, nous n’avions fait qu’effleurer la tôle ou la platine. André l’avait empoignée, violemment, à pleines mains. Elles y restèrent collées durant au moins une seconde. Tout en hurlant, nous nous précipitâmes, Gilbert, Simon et moi, pour le soutenir et le tirer en arrière. Il était livide, au bord de l’évanouissement. La chair collée à la tôle fumait. Il souffrait horriblement, mais nous souffrions aussi, des coudes et des épaules et tentions de ne pas imaginer ce qu’il avait ressenti. Andrée, Fernande et les livreurs avaient entendus les cris, le fournil fut envahi. Chacun y allant de son  mon Dieu quelle horreur. C’est Germain qui dicta le jugement définitif : « Gilbert, vous ne devez plus le laisser travailler au four ».
Les femmes amenèrent André à la cuisine. Nous le retrouverions deux heures plus tard, assis sur une chaise à l’entrée, les coudes posés sur les genoux, les paumes des mains tournées vers le haut et recouvertes d’une épaisse couche de graisse de lapin. Il garda des cicatrices aux mains. Nous ne le vîmes plus à l’atelier. Quand il se maria avec Fernande, il quitta son entreprise et vint travailler comme livreur pour la boulangerie de ses beaux parents. Deux ans plus tard, il fut victime d’un gravissime accident de la route, il lutta durant deux mois entre la vie et la mort, s’en sortit avec des lésions et des handicaps tels qu’ils lui interdirent de travailler à jamais.
(à suivre)

mercredi 2 mai 2012

Et je devins boulanger (2)


Peu à peu, je m’habituai au rythme et aux horaires de travail. La fin août approchant, je dus annoncer ma décision définitive de renoncer à l’école de jour pour signer un contrat d’apprentissage de trois ans. J’aurais deux après midi de cours, un de cours généraux, un autre de cours techniques.
Je me levais donc chaque jour vers deux heures trente - deux quarante cinq, pour commencer mon travail à trois heures. Quand j’arrivais au four, Gilbert avait déjà fait tourner un pétrin et nous pouvions commencer le pesage et façonnage après avoir rempli les armoires de paniers et de platines. Nous, c’était Pierre et moi. Fernand avait déserté l’atelier pour reprendre sa tournée de livraison. Au moment où j’avais débuté, il ne faisait que remplacer Pierre qui avait pris une semaine de vacances. Les autres livreurs avaient pris chacun une partie de la tournée de Fernand et Fernand ferait de même pour eux quand ils prendraient leur congé. Les congés d’été étaient donc une période  compliquée pour l’organisation du travail et il était exclu que quelqu’un prenne plus d’une semaine de vacances.
Pierre était le neveu d’Andrée et de Gilbert, les patrons. Il était le fils de Germain, un des camionneurs livreurs, frère d’Andrée, dont le nom de famille était Vandermaelen. Je m’aperçus d’ailleurs assez rapidement, que tous les travailleurs de cette boulangerie appartenaient à la famille. L’autre camionneur livreur, Marcel, était le cousin germain de Gilbert dont le nom de famille était Evrard. Nous étions donc à cette époque trois à travailler à la production : Gilbert, Pierre et moi et trois aux livraisons, Fernand, Germain et Marcel, dans la boulangerie Evrard-Vandermaelen. Pour compléter le tableau, il faut ajouter la présence permanente, dans la cour par beau temps, dans le fournil par temps froid, d’Albert VDM, père d’Andrée, d’origine flamande, fondateur de la boulangerie. Il habitait avec sa femme Marthe la maison d’à côté, mais une porte au fond de sa cour lui permettait d’accéder directement à la boulangerie. Malgré ses quatre vingt cinq ans, Albert passait une bonne part de ses journées à balayer la cour ou le fournil ; dans la cour il s’agissait de ramasser les mies de pain tombées des chariots, dans le fournil la farine qui volait partout. Il parlait peu et veillait à ne pas marcher sur les plates bandes de son beau fils qui avait pris sa succession. Marthe se montrait peu et heureusement, car presque chacune de ses apparitions donnait lieu à des incidents avec nous et les deux ouvriers qui plus tard viendraient renforcer l’équipe de production.
Pierre Vandermaelen était âgé de 18 ans, il avait un  handicap aux jambes qui le faisait marcher sur la pointe des pieds, ses talons ne touchaient pour ainsi dire jamais le sol. Cela ne l’empêchait pas de se déplacer vite et d’être très efficace dans le travail. Il avait les yeux rieurs et était gentil et amitieux. Il était dans la boulangerie comme un poisson dans l’eau, m’aidait quand il le fallait. J’appris plus tard que Germain, son père, avait lui aussi exploité sa propre boulangerie, mais son penchant pour la guindaille et les femmes l’avait conduit à la faillite. Gilbert avait alors absorbé sa clientèle et engagé  Germain comme livreur. Pierre VDM avait donc grandi pour ainsi dans le « four » de son grand père d’abord et de son père ensuite et connaissait toutes les facettes du métier. La pelle, la spatule, le rouleau à tarte et la poche à douille étaient pour lui des prothèses qui l’avaient accompagné dès son plus jeune âge.
Pierre aimait aussi s’amuser, sortir, danser, et avait une petite amie prénommée Laurette. Elle allait sur ses 17 ans. Pierre me parlait souvent d’elle et de leurs rencontres. Je fus méticuleusement tenu au courant de l’évolution de leur relation. Je suivis au long des semaines, grâce aux récits détaillés de Pierre, leurs découvertes corporelles mutuelles, l’évolution de leurs caresses et de leurs jeux érotiques. Souvent, Pierre arrivait le matin avec un sourire béat sur la figure et les yeux à demi fermés de fatigue. Jusque six ou sept heures du matin, nous travaillions sans prononcer un mot, dans un état second, comme des somnambules.
Le lundi était la journée de travail la plus courte. Nous ne produisions aucune pâtisserie. Nous terminions la dernière fournée vers 9 heures trente ou 10 heures et le temps de nettoyer, je rentrais à la maison vers 11 heures. Le mardi, nous préparions, après le pain, dix à douze kilos de pâte feuilletée qui nous servirait pour les pâtisseries de fin de semaine. J’appris, peu à peu, à faire la pâte feuilletée qui devint d’ailleurs, après quelques mois, mon domaine réservé. Nous disposions d’un petit pétrin de 30 kilos qui nous permettait de mélanger les petites quantités de pâtes pour les petits pains briochés, les pistolets, les baguettes, mais aussi les pâtes à tartes, les pains spéciaux et la pâte pour feuilletés.
La pâte feuilletée était la pâte dont la recette était la plus simple puisque nous n’ajoutions à la farine que de l’eau et du sel. Quand tout était mélangé, de façon plus ou moins homogène, nous arrêtions le pétrin pour éviter que la pâte ne devienne trop élastique. Ensuite, après l’avoir laissée reposer une demi-heure, il s’agissait de l’étendre sur le marbre, de couvrir le tiers du milieu de la nappe ainsi obtenue de beurre qu’on appelait beurre de tourage ou beurre de feuilletage. Il s’agissait en fait d’une graisse à base d’huile de palme qui s’étendait facilement sans se déchirer. Nous reliions sur le beurre un deuxième tiers de nappe que nous recouvrions également de beurre et sur lequel nous repliions le troisième tiers. Dès cette opération terminée, nous donnions à la pâte son premier tour : il s’agissait de nouveau d’étendre la pâte sur le marbre, sur tout le marbre dont la dimension était d’un mètre vingt sur quatre vingt centimètres, et de replier la nappe en trois dans le sens de la longueur et en trois dans le sens de la largeur. Ca s’appelait un tour de neuf, il fallait en « donner » - c’était le terme employé – trois.. Il existait d’autres méthode de tourage, par exemple le tourage en croix, mais dont nous considérions le résultat de piètre qualité. Peu à peu, le métier venant, je mettais un point d’honneur à ce que ma nappe soit parfaitement rectangulaire, évitant les arrondis au coin, pliée de façon impeccable, brossée et débarrassée de la farine de séchage entre chaque pli. Le mardi même, après le graissage des platines, je donnais un second tour à la pâte, la réemballait dans une grosse feuille de plastique et la remettait dans la chambre froide.  Je lui donnais son troisième et dernier tour dès que je pouvais disposer de quinze minutes le mercredi matin. En chambre froide, la pâte feuilletée pouvait se conserver deux à trois semaines. Nous en prélevions des morceaux selon nos besoins. J’étais furieux quand parfois, je constatais qu’on avait coupé un morceau de pâte n’importe comment, qu’on l’avait « déchirée », (« déchirer » une pâte était l’erreur professionnelle impardonnable, quelle que soit la pâte), mal emballée et que de ce fait, le bord avait parfois séché ; ou quand Gilbert lui-même, pour prendre de l’avance, donnait le troisième tour le mardi soir et que la pâte était mal pliée, certaines feuilles étant alors plus courtes que d’autres. C’était exactement comme si le premier pli d’une nappe n’était pas exactement en son milieu, tous les autres plis étaient décentrés. A force de critiquer et de me plaindre du travail bâclé, j’obtins que plus personne ne touche à mon feuilleté et que l’on passe obligatoirement par moi pour en faire des prélèvements.
Le mardi, nous terminions la journée vers 13heures ou 14 heures, car, au-delà du pain,  nous devions graisser les platines. Le mercredi, nous préparions déjà, après la dernière fournée, les pâtisseries à base de feuilleté : frangipanes, coins aux abricots et tartelettes au maton par exemple, nous mettions cuire les fonds feuilleté pour certaines tartes et les feuilles qui allaient nous servir pour les glacés. Nous cuisions également les quinze à vingt litres de riz pour nos tartes du lendemain.
Le jeudi, nous confectionnions tartes et pâtisseries pour les tournées du vendredi, mais aussi quantité de pains briochés et de pistolets. Les spécialités de la maison étaient la tarte au sucre et la tarte au riz, mais nous faisions également de nombreuses tartes au fruit ou à la crème pâtissière. Notre préparation de riz pour la tarte était tout à fait particulière : nous cuisions le riz dans du lait et laissions refroidir. Nous ajoutions ensuite les jaunes d’œuf (trois par litre de riz) le sucre (150 gr par litre) battions les blancs en neige et mélangions le tout après y avoir ajouté de l’essence d’amandes ou d’orange selon les souhaits des clients. Cela donnait un riz très léger, que nous versions dans les fonds de tarte et mettions cuire dans un four chauffé à vif. Il fallait saisir et coloré, une cuisson rapide évitait que le riz ne sèche. Grosso modo, le jeudi nous « sortions » 120 à 150 tartes. La journée se terminait vers 16 heures, elle avait commence à 3 heures le matin. La journée la plus longue était celle du vendredi, nous devions « sortir » plus de deux cents tartes, quand il n’y avait  pas de commandes spéciales, et quantité de pâtisseries : cygnes, merveilleux, bavarois de toutes les couleurs et saveurs, éclairs au chocolat mais aussi pains briochés,  piccolos, pistolets, cramiques, craquelins, couques aux raisins, … Souvent s’ajoutaient à cela des gâteaux à la crème au beurre, ou aux fruits et à la crème fraîches, des marbrés (que j’adorais également préparer) et autres gâteaux. Inutile de vous dire que quand se présentaient les mois des communions solennelles, de mariage, de fêtes de Pâques ou de Noël, les journées du jeudi et du vendredi se terminaient parfois vers 22 ou 23 heures. Il est arrivé plus d’une fois que nous passions la nuit, sans rentrer à la maison, sans dormir, et relancions la production de pain sans avoir fait la moindre pause.
Le samedi était de nouveau une journée assez courte – le magasin n’ouvrait pas le dimanche et il n’y avait pas de livraison à domicile, sauf exception. Nous étions une boulangerie avant tout. Nous ne produisions que les pâtisseries les plus courantes, nous ne faisons ni chocolateries, ni confiseries, ni pâtisseries fines, ni pièces montées (c’est au cours que j’appris ces autres techniques). La clientèle était dispersée dans les villages des alentours, population ouvrière et rurale, aux goûts simples et qui  souvent, privilégiait la quantité à la qualité. La nourriture, et en ce compris les pâtisseries,  se devaient d’abord d’être simples et nourrissantes.
Le travail était éreintant, les horaires épuisants. A certaines périodes, j’étais obsédé par le sommeil et je me demandais si un jour viendrait encore où je pourrais dormir, dormir, dormir. A côté de mon travail, j’avais mes copains que je voyais peu, mais surtout je m’étais engagé dans un mouvement de jeunesse qui me prenait beaucoup de temps et j’avais moult réunions en soirée. Je rentrais parfois à minuit et plus et me levais à deux heures trente le matin. Quand je rentrais du boulot, quelque soit l’heure, je m’effondrais et dormais profondément. On me réveillait vers 17 heures pour que j’aille retravailler deux heures pour couper et emballer les pains, et ensuite, j’allais à mes réunions. J’avais ainsi des horaires complètement décousus. J’avais l’impression de vivre dans l’ombre et l’obscurité, dans un état second, pendant que mes frères et mes amis paraissaient avoir une vie normale, se reposaient quand ils étaient fatigués et s’amusaient dans les soirées au lieu de s’endormir comme c’était mon cas.
A cette fatigue qui m’empêchait de raisonner sereinement, ou du moins aussi normalement que possible, je vivais les doutes et les tourments de mon âge. Celle qui était ma meilleure amie et qui pour moi était plus qu’une amie, m’annonça qu’elle était enceinte du guitariste d’un groupe de rock de la région. Ce fut mon premier chagrin d’amour, j’eus l’impression que le monde s’effondrait. Après cette déception, l’amour m’obsédait. Allais-je rencontrer un jour la femme de ma vie ? Pas en tout cas durant les trois années que je passais à la boulangerie

Un jour, alors que nous n’étions que nous deux dans l’atelier, enfournant les pains à la pelle, Pierre, qui n’avait pas encore ouvert la bouche durant les cinq heures que nous avions déjà prestées, me dit tout de go « J’ai fait l’amour avec Laurette sur le siège arrière de la voiture de mon père. Je crois que je ne me suis pas retiré à temps et que le premier jet est allé à l’intérieur, j’ai peur qu’elle soit enceinte. » Il ajouta, « Ça a été tellement vite, je ne m’y attendais pas ». Il souriait en haussant les épaules, l’air de dire, quelle histoire !!!Je savais que Pierre n’inventait rien. Je sentais poindre chez lui à la fois fierté et inquiétude. J’étais trop au courant du cheminement des dernière semaines et de la progression de leurs attouchements et de ses découvertes sous vestimentaires pour douter de ce qu’il venait de m’annoncer. A sa place j’aurais été catastrophé. Il prit cependant la chose avec philosophie et attendit sereinement de savoir ce qui allait se passer. Six semaines plus tard, Pierre annonçait son mariage avec Laurette qui était enceinte d’un garçon, elle aurait dix huit ans quelques jours avant l’accouchement. Je fus invité à la fête. A cette époque, presque toutes nos copines de 17 ou 18 ans se retrouvaient enceintes et se mariaient précocement, avec des garçons qui avaient toute autre chose en-tête. On commençait à parler pilule contraceptive, mais elle ne s’adressait certainement pas aux jeunes filles. Le rock et la pop avait initié le triomphe du jeunisme, la permissivité s’élargissait. Les mariages et les divorces se firent de plus en plus précoces.
Pierre et Laurette prénommèrent leur premier garçon Michel. Ils reprirent une petite boulangerie dans un village des environs et conduisirent suffisamment bien leur barque pour en vivre pas si mal que cela. Dix neuf ans plus tard, Pierre VDM se retrouva en chaise roulante, complètement paralysé des jambes, on ne pouvait plus rien y faire. Michel, son fils prit la relève à la production, Pierre l’aidait comme il pouvait dans sa chaise. Il passait les après midi sur le trottoir devant le magasin, à bavarder avec les uns et les autres, toujours avec le sourire et la gentillesse que je lui avais connu. De temps en temps, je m’arrêtais pour le saluer et nous souvenir du passé. Laurette accoucha de deux autres enfants qui, sans aucun doute, furent conçus dans le lit matrimonial et non plus à l’arrière d’une Ford Taunus. De chacune de ses grossesses, Laurette garda quelques kilos. De jeune fille elle devint une femme ronde et forte,  portant la maisonnée, servant au magasin, appréciée des clients et du village tout entier.
Pierre parti, Gilbert engagea Simon, qu’il connaissait déjà bien, puisque Simon avait été, comme moi, son apprenti. Simon avait la trentaine, une allure de rockeur, les cheveux roux coiffé à la Elvis Presley. Nous allions devenir avec Jean Luc, autre rockeur, à la tête frisée façon Jimmy Hendricks, qui nous rejoindrait plus tard, de véritables amis et complices dans une aventure qui ne faisait que commencer.
Après les fêtes de fin d’année où nous avions travaillé de façon absolument démente, je dus me rendre chez le médecin, victime d’épuisement. J’avais des vertiges fréquents, des maux de tête et fit part à Gilbert de ma peur de m’effondrer sur la taule du four. Après une prise de sang et différents examens, le docteur Jounet conclut à une anémie mais fit part à mon père de sa crainte que je ne sois en dépression profonde. Il me conseilla de trouver quelqu’un à qui parler et de négocier une réduction de mon temps de travail. Je restai six semaines au repos et repris ensuite le travail sans aucun changement de rythme.
Après Jean Luc, une autre personne allait nous rejoindre les WE à la production. Avec lui vinrent les incidents permanents et les tensions. Après coup, nous pûmes les juger risibles même si plus d’une fois, on évita de justesse la catastrophe.
A suivre…

mercredi 25 avril 2012

Et je devins boulanger

Durant trois années, de 1967 à 1970, j'ai travaillé dans une boulangerie comme apprenti. Ce furent trois années intenses, faites de moments de joie et de purs bonheur mais aussi de moments de tensions, d'épuisement et de dépression. Je me devais de vous les conter.


C’est arrivé par hasard. C’était durant les vacances de l’été 1967, j’avais quitté le collège de Bonne Espérance un an plus tôt et m’étais inscrit, les pieds traînant, dans une école technique, sans aucune motivation, les tripes nouées et tordues par l’ennui, le désespoir, la grisaille  d’une vie dont je ne savais pas vers où et vers quoi elle me menait.
Cet été-là, j’aidais ma mère dans son magasin d’alimentation et ce jour-là, j’eus à réceptionner les pains que nous livrait chaque jour, Andrée, la femme du boulanger. Sans y avoir jamais réfléchi, je lui demandai à brûle pourpoint si elle n’engageait pas de personnel car je cherchais du travail. Elle me répondit qu’elle n’en savait rien mais qu’elle pouvait en parler à son mari. Quand elle fut partie, il me paraissait clair que je n’aurais pas de nouvelles et que ma démarche s’apparentait à un coup d’épée dans l’eau. Ma mère était restée stupéfaite, « c’est quoi ça Mariolino ? Tu veux abandonner les études ? » Pour la rassurer, je lui dis que c’était juste pour m’occuper et gagner un peu d’argent durant les vacances. Il s’était écoulé à peine une demi-heure qu’Andrée était de retour. Gilbert, le boulanger, était intéressé et si cela me convenait je pouvais commencer dés le lendemain à 5 heures du matin.
Je n’en revenais pas, il suffisait donc de demander. J’étais à la fois content mais aussi légèrement inquiet à l’idée d’affronter un travail et des gens que je ne connaissais pas du tout. Après trois années d’humanités à Bonne Espérance et un an d’école technique où je n’avais pas brillé dans les travaux pratiques, on me considérait, et m’avaient convaincu, que je n’étais pas doué pour les travaux manuels. Mais la boulangerie supposait-elle des aptitudes manuelles ? Je n’en savais rien et ne risquais rien à essayer.
Le lendemain, je quittais la maison vers 4 h 45, je me disais que j’étais un des premiers levés de toute la ville et que j’en étais maître de ses rues. Je n’avais qu’à descendre notre rue sur deux cents mètres, tourner à droite aux feux de signalisation et 100 mètres plus loin sur la gauche se trouvait la boulangerie. La façade avait l’allure d’une maison d’habitation normale,  Andrée m’avait dit d’entrer par la grande porte cochère et au fond de la cour, je trouverais le « four ». J’appris par la suite que le « four »désignait non seulement le four dans lequel on enfournait et cuisait le pain mais aussi l’atelier dans lequel on le confectionnait. L’odeur du pain cuit me prit de plein fouet et me subjugua. Je respirais à fond pour ne pas en perdre une miette si je puis dire. Je pensais que j’allais peut être pouvoir vivre chaque jour dans ce parfum extraordinaire. C’était un cadeau du ciel. Je ne savais pas bien entendu, quel en serait le prix.
L’entrée de l’atelier était faite d’une double porte métallique, vitrée et coulissante. En y entrant, je constatais qu’il y avait déjà des chariots de pains cuits. Gilbert, le patron, m’accueillit  gentiment et me présenta son fils Fernand qui me paraissait avoir dix ans de plus que moi. Tout deux étaient vêtus de pantalon de toile claire et de grosse chemisette à manches courtes. Ils portaient aux pieds des charentaises couvertes de farine. Gilbert ressemblait à s’y méprendre à Christian Barbier qui interprétait le personnage principal d’un feuilleton très célèbre de l’époque : « L’homme du Picardie ». D’emblée, cela me le rendit très sympathique.
Il me désigna une porte au fond de l’atelier, en me disant que je pouvais m’y changer et qu’on allait commencer la deuxième fournée. Je passais devant ce que je devinais être les façades de deux fours très impressionnants et entrait dans un petit cagibi aux murs couverts d’une poussière brune sur lesquels courraient nombre de cafards. Avec le temps, j’appris que la poussière brune était de la farine brûlée et que les cafards accompagneraient toutes mes années de travail chez « l’homme du Picardie ». Après m’avoir donné un tablier blanc sans bavettes et m’avoir appris à le nouer sur le devant en faisant avec le ruban deux fois le tour de la taille, on m’expliqua brièvement les différents types de pains que l’on fabriquait habituellement.  Je n’y compris pas grand-chose, n’en retint rien et me dit qu’on verrait bien à l’usage. J’étais nerveux, me demandant si je serais à la hauteur, mais je me donnais des airs du mec sûr de lui. On me plaça devant une table demi-ronde magnifiquement patinée. Elle se trouvait devant une machine dans laquelle tournait un tambour vertical rainuré, le long duquel courrait en spirale une gouttière. Je découvris, que Fernand, le fils, pesait des morceaux de pâtes qu’on nommait des pâtons, jetait ces pâtons dans le bas de la gouttière, sous la pression du tambour tournant, les pâtons montaient le long de la gouttière et tombaient d’une hauteur d’environ 80 cm sur la table devant laquelle je me trouvais. Cette machine s’appelait une rouleuse. Gilbert me montra que ces pâtons devenus des boules comportaient ce que l’on appelait un nœud. Il était en effet impossible d’obtenir une boule complètement lisse, il y avait un endroit où tous les plis se retrouvait, c’était ça le nœud. Il s’agissait alors d’aplatir légèrement les boules sur la table et de les déposer dans des paniers en osier recouverts de toile blanche, rangés dans une énorme armoire à six étages, placée derrière moi. Les paniers des deux étages supérieurs étaient les plus grands et devaient accueillir des pains de 1 kilos 200, les paniers des quatre autres étages étaient plus petits et accueillaient les pains de 8OO grammes. Il fallait écraser la boule de pâte, la prendre ensuite en plongeant les doigts dans le nœud et serrant celui-ci avec le pouce, retourner les mains vers le plafond pour porter et placer la boule dans le panier, le nœud tourné vers le haut.
Je remplis ainsi les paniers de deux armoires que l’on déplaçait facilement grâce aux roues dont elles étaient munies, sans être bien sûr d’avoir toujours bien repéré les fameux nœuds. Il fallait aller vite et je n’arrivais pas à suivre. Les pâtons roulés en boule s’accumulaient sur la table, collaient entre eux ou me collaient aux mains et je n’arrivais pas à m’en débarrasser. Fréquemment, Fernand devait interrompre sa découpe et ses pesées pour venir m’aider, me désignant un petit bac en métal, soudé à la machine, dans lequel je pouvais puiser de la farine pour éviter que mes mains ne collent à la pâte ou que les boules ne collent entre elles ou à la table.  Quand nous eûmes remplis les paniers des deux armoires, on avança deux autres armoires qui elles comportaient une double porte et dans laquelle on avait rangés des platines, rondes et carrées, de trois dimensions différentes. Pour remplir les platines rondes, c’était assez facile, on faisait la même opération que pour les paniers et on plaçait les pâtons ronds dans les platines, le nœud placé cette fois en dessous. Fernand connaissait exactement le nombre de platines et je constatais que quand je finissais de remplir les plus grandes platines, automatiquement arrivaient des pâtons plus petits. C’est pour les platines carrées que cela se compliquait : Il fallait attendre quelques secondes que les pâtons se ramollissent au sortir du tambour et donc en disposer cinq ou six sur la table en évitant d’en laisser à l’endroit ou le suivant allait atterrir. Puis, on aplatissait assez fort la pâte, et on la roulait à la main sous forme d’un gros boudin. Le nœud était alors une ligne qui courrait tout le long du boudin et il fallait le placer en dessous. C’était la manipulation la plus difficile et la plus longue et Fernand devait venir m’aider à tout moment. Mes pâtons n’avaient pas de forme, Gilbert lui aussi, venait m’aider entre deux tâches. Mes doigts étaient collants de pâtes dont je n’arrivais pas à me débarrasser. Je pensais vraiment ne jamais y arriver, mais je voyais que le patron et son fils ne lésinaient pas sur la farine dont ils saupoudraient la table et les pâtons et dont ils me suggéraient de me frotter les mains pour me débarrasser de la pâte qui s’y collait.
Enfin, les armoires à platines remplies, se présentait une autre armoire dans laquelle se trouvaient de grandes plaques métalliques. Il s’agissait de nouveau d’écraser légèrement des pâtons de 800 gr et d’en disposer six par grande plaque, le nœud en dessous et de disposer 15 pâtons de 400 gr sur des plaques plus larges et moins longues, de nouveau le nœud en dessous. Je découvris un peu plus tard que ces plaques étaient enfournées telles quelles à l’aide d’une grosse pelle.
Durant le dernier quart d’heure de cette opération de pesage et de façonnage, qui en tout durait environ trois quarts d’heure, Gilbert sortaient des pains du four avec sa pelle et les rangeait sur des chariots ouverts de tous côtés. Je m’émerveillai de voir une telle quantité de pains chauds, colorés et aussi parfumés, mais je ne savais où donner de la tête, je n’avais pas une seconde de distraction et cela me décevait.
Dès que nous eûmes finis de remplir nos plaques, Fernand m’invita à aider à défourner. Alors que Gilbert avait vidé à la pelle le premier étage des deux énormes fours, Fernand s’empara d’un crochet en fer d’un mètre de longueur, fit basculer, à l’aide d’un contre poids, deux portes qui faisaient les deux mètres de largeur du four et sorti, avec son crochet, deux énormes tôles surchauffées, couvertes de platines desquelles émergeaient des pains dorés. Nous devions enfiler des moufles en toile,  sortir les pains des platines, ce qui s’avérait assez difficile pour le non initié que j’étais, mettre ces pains sur des chariots à rayons plats, ensuite ramasser et empiler les platines et les faire glisser dans un coin de l’atelier où des dizaines d’autres platines vides attendaient. S’apercevant que je me brûlai à plusieurs reprises, Gilbert me dit de travailler plus lentement, le temps de m’habituer.
Nous sortîmes alors les chariots de pains chauds dans la cour, sous un grand hangar en faisant attention que ceux-ci ne se trouvent dans le chemin des camionnettes qui allaient partir dans l’heure livrer les pains… de la veille. En effet, à cette époque, l’on mangeait les pains « rassis » et rares étaient les boulangers qui vendaient leur pain chaud et frais.
Le temps de sortir les chariots de pains cuits, la levée des pâtons des paniers et des platines qui reposaient dans les armoires, était suffisante pour qu’on puisse les enfourner. Il fallait alors marquer les pains à l’aide d’une planchette d’où ressortaient des clous qui écrivait un G comme Gilbert. On marquait les pâtons des platines à toute vitesse, tandis que ceux des paniers étaient marqués un à la fois par le patron dès que nous avions retourné le pâton sur sa pelle. Les pâtons des paniers étaient déposés à l’aide de la pelle directement sur la pierre réfractaire des premiers étages des fours, on les  appelait des pains sur le four. On me montra comment placer les platines sur les grandes tôles à présent réchauffées (le temps du défournement refroidissait les fours) et comment vider les paniers sur la pelle que manipulait Gilbert. C’était une opération difficile, j’étais gauche et je remerciais intérieurement Gilbert et Fernand de leur patience. Mais c’était magique ! Bientôt sortirait du four des pains que j’avais façonnés et qui auraient l’aspect de vrais pains !!! D’y penser, j’avais le sourire du garçon heureux. Je me croyais déjà boulanger. Plus tard, quand nous aurions défourné cette production, Gilbert et Fernand me montrèrent en riant, une vingtaine de pains biscornus et craquelés dont j’avais… placé le nœud dans le mauvais sens.
Pendant que nous avions découpé et façonné les pâtons, Gilbert avait préparé un nouveau pétrin de deux cents kilos. L’expression « préparé un pétrin » désignait le fait de faire une nouvelle pâte (un nouvel « appareil » dans le langage professionnel). Le pétrin en question avait une capacité de 250 kg. Le chargement de farine se faisait par un trou dans le plafond, qui donnait dans le grenier à farine, une vanne au plafond permettait d’approvisionner le pétrin en eau.
Aussitôt les pains enfournés, nous devions de nouveau emplir les armoires de paniers et de platines. Celles-ci avaient été graissées la veille, je l’appris plus tard car c’est à moi que cette tâche, la plus ingrate qui soit, incomba durant les deux premières années de mon apprentissage, jusqu’à ce qu’enfin un autre apprenti prenne la relève. Le pétrin se trouvait surélevé, son pied à hauteur de l’immense table à découper. Pour faire basculer la cuve de pâte sur la table, il fallait beaucoup de force pour lever le bras du pétrin, sans le laisser retomber et risquer qu’il cogne les parois de la cuve qui pouvait se fendre. Quand on basculait la cuve, la pâte s’étalait sur la table bordée d’arêtes de 25 cm. Gilbert s’occupait cette opération pendant que nous préparions les armoires. Laisser reposer la pâte cinq minutes rendait celle-ci plus facile à travailler et à peser et cela nous permit de faire une première pause et de prendre la première tasse de café de la journée.
Nous nous remîmes à la découpe et au façonnage. J’avais oublié quand les nœuds devaient aller au dessus ou en dessous, le fatigue me gagnait, je pensais qu’on avait à peine eu le temps de souffler, j’avais travaillé une heure et demie sans arrêt, nous étions repartis pour un autre cycle : découper et façonner, défourner, ramasser les platines, enfourner, sortir les chariots, re-préparer les armoires. L’ensemble de ces opérations se répéta trois fois et je me rappelai que deux fournées avaient déjà eu lieu avant mon arrivée.
Je vécu la dernière fournée en somnambule, ne sachant plus ou j’avais mis ces foutus nœuds qui m’obsédaient et me tourmentaient. Fernand palliait à ma fatigue, Gilbert m’encourageait, me disant que c’était la dernière et qu’ensuite nous pourrions prendre le petit déjeuner. Je tins.  J’avais de la farine des pieds à la tête, mon beau tablier blanc était déjà tout tâché de la graisse des platines, j’avais quelques brûlures sur les avant bras que je m’étais faites en défournant les tôles. Je m’étais même brûlé au genou en me penchant trop en avant. Je tins, mais me demandai si je tiendrais longtemps, si j’y arriverais, si je retiendrais le sens des nœuds, si j’arriverais un jour à rouler les pâtons pour les platines carrées… Qu’en serait-il si un jour je devais moi-même tenir la pelle à enfourner ou défourner. Le désordre de mes pensées me fatiguait encore plus et tout se bousculait dans ma tête. Seule l’odeur parfumée du pain cuit continuait à me motiver. Au petit déjeuner que nous avait préparé Andrée et que nous prenions dans la grande cuisine familiale, elle nous demanda comment cela s’était passé ; Gilbert lui dit que pour un premier jour, c’était pas mal, que j’étais volontaire et courageux. Nous mangions du pain chaud sur lequel le beurre frais fondait, nous le trempions dans de grands bols de café. Toutes sortes de pâtisseries, restes d’invendus sans doute, garnissaient la toile cirée de la table. Cette grande cuisine était simple, accueillante et chaleureuse. J’allais y prendre mes petits déjeuners et déjeuners durant trois ans en compagnie  et dans des ambiances diverses.
Après le petit déjeuner Fernand s’attaqua à la confection des baguettes, j’assistais à cela en spectateur, admirant son savoir faire. Je fus épaté de le voir entailler les baguettes à l’aide d’une lame de rasoir et de découvrir ce que cela donnait à la sortie du four.
Nous étions mardi, nous nous mîmes à graisser les platines. Du beurre avait fondu dans un récipient, nous y trempions une loque dont la saleté était bien avancée et graissions les platines une à une en les serrant contre nos genoux sur lesquels nous avions posé une toile de protection. Fernand m’apprit que le graissage se faisait le mardi, jeudi et samedi.
Je rentrais ce premier jour à 13h30 à la maison et m’endormi comme une masse dans le divan. Je compris plus tard que Gilbert m’avait épargné : il ne m’avait pas demandé de couper les pains, une opération qui prenait deux heures à deux heures trente.
Le samedi de cette première semaine, où je commencé tous les jours à 5 heures le matin, Gilbert me conseilla de bien me reposer le WE et me proposa, si je me sentais prêt à aller plus loin, de me joindre à eux  le lundi suivant, dès la première fournée qui serait prête à … 3 heures du matin.
Je regardais « l’homme du Picardie » qui plissait le front et me souriait semblant dire « tu veux être boulangé ou pas ? »
(A suivre)

lundi 23 avril 2012

Petite visite à Uguzon en Neuvice, ce dimanche et bavardage avec Frédérique, le patron, juste après "le coup de feu" dû sans doute à la foule de Liège-Bastogne-Liège.
Frédérique nous a ainsi appris que une part importante de ses ventes était due aux table de fromage qu'on lui commandait. Ainsi dés la fermeture du magasin ce dimanche, il préparait et allait lui même servir une table pour trente personnes. Il propose trois formules possibles:
-Un repas fromage pour lequel il ne livre que des fromages - un assortiment de 200gr par personnes- il faut compter dans ce cas 4 à 5€/personne
- Un repas pour lequel il livre fromage plus pain, beurre, confiture, sirop et confits, compter 7 à 8€
- La même chose, présenté et servi par lui-même, à discuter selon le nombre de personnes.
Comme nous n'ouvrirons pas les soirées de la semaine à Como en Casa, nous nous sommes dit qu'on pourrait organiser un jour une dégustation de fromages avec Frédérique.
Nous en avons profité pour faire un petit coucou à dodies. Quel beau comptoir de pâtisserie. Laurent a en fait fait transformer un ancien comptoir de boucherie, les pierres noires lui donne un aspect très contemporain et mettent en valeur les couleurs de ses magnifiques gourmandises. J'ai dit la semaine dernière à Gene hormis la glace et le tiramisu ou d'autres fantaisies qu'il me prendrait de faire moi-même, nous comptions nous approvisionner chez Dodies pour nos desserts. Gene est une gourmande et m'a dit qu'elle venait à Como pour la bonne bouffe mais qu'elle viendrait encore plus souvent pour les desserts de dodies.

samedi 21 avril 2012

Des nouvelles de Vega


Nous avons le plaisir de vous communiquer quelques nouvelles de la Coopérative politique VEGA.

Avec une information importante pour commencer : notre Assemblée générale a décidé, ce mercredi, de déposer une liste aux prochaine élections communales à Liège.
http://vega.coop/la-cooperative-politique-vega.html

Quelques semaines plus tôt, nous avions adopté le Manifeste qui définit notre positionnement politique. Vous le trouverez en ligne :
http://vega.coop/presentation/manifeste.html

Nous lançons aujourd'hui un appel aux candidatures et aux soutiens aux personnes et aux groupes qui partagent notre sensibilité. Nous voulons composer une liste grande ouverte aux militantes et militants de terrain :
http://vega.coop/elections/appel-a-candidatures.html

Notre programme est toujours en cours d'élaboration, plusieurs groupes de travail thématiques fonctionnent depuis janvier. Une boîte à idées est cependant ouverte pour recueillir propositions, suggestions et autres interpellations :
http://vega.coop/contact/boite-a-idees.html

Nous profitons aussi de ce message pour vous inviter à la soirée électorale, que nous organisons ce dimanche 22 avril à l'occasion du premier tour de l'élection présidentielle française :
http://vega.coop/soiree-electorale-premier-tour-de.html

Enfin, pour rejoindre la coopérative, c'est ici que ça se passe :
http://vega.coop/adherer/formulaire.html

Au plaisir de vous lire ou de vous rencontrer,

L'équipe de VEGA


PS : N'hésitez pas à faire suivre ceci autour de vous...

PS : Pour vous désabonner, il suffit de le demander.


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vendredi 20 avril 2012

Quelle richesse dans le débat, quel respect de la parole de l'autre, l'assemblée de VEga a été un exemple de débat démocratique, d'échange et d'écoute. Cela nous plus forts pour entamer une nouvelle étape dans la vie de notre coopérative politique: la sensibilisation et la mobilisation des citoyens et le combat électoral. vega, j'en suis et suis fier d'en être. Et toi?
Voici notre communiqué

La Coopérative politique VEGA déposera une liste aux prochaines élections communales à Liège

Communiqué, 20 avril 2012
La Coopérative politique VEGA, pour « Verts et à gauche », réunit autour de trois mots d’ordre — socialisme, écologie, démocratie — des citoyennes et citoyens liégeois désireux de s’impliquer dans la vie publique de leur ville. Fondée le 14 janvier dernier après plusieurs mois de préparation, elle regroupe aujourd’hui près de 200 personnes.
Son Assemblée générale, réunie ce mercredi 18 avril, a voté le principe du dépôt d’une liste estampillée « VEGA » pour l’élection communale du 14 octobre prochain, à Liège. Forts de nombreux contacts, tout sera mis en œuvre pour réunir, dans les prochains mois, 49 candidates et candidats représentant la diversité humaine de la Ville de Liège ainsi qu’un programme complet, fort de propositions innovantes concernant tous les grands sujets de préoccupations des citoyens d’une grande ville, sans oublier les moyens financiers nécessaires et indispensables à faire parvenir une information à l’ensemble de nos concitoyens.
La liste VEGA sera ouverte aux organisations de gauche et aux citoyens qui partagent les préoccupations et l’analyse développée dans notre Manifeste. Nous voulons prioritairement construire cette liste avec des citoyens-acteurs, porteurs de combats de terrain, associatifs, syndicaux ou culturels.
Alors que la politique d’austérité n’est sérieusement contestée par aucune force politique représentée actuellement au sein du Conseil Communal liégeois, alors que la désespérance grandit parmi nos concitoyens, alors que la dynamique du Front de Gauche français montre qu’il n’y a nulle fatalité, nous pensons qu’il existe un large espace politique entre la gauche traditionnelle, écologiste ou sociale-démocrate, démissionnaire de son ambition émancipatrice et l’extrême-gauche, qui se contente d’une posture de témoignage. Nous voulons contribuer à construire cet espace qui devra selon nous associer le rouge et le vert, la construction de nouvelles solidarités et une vraie prise en compte de la dimension écologique. Militants associatifs et syndicaux, amoureux de Liège, nous voulons partir de la base : la commune et les enjeux politiques de proximité dont elle s’occupe (le logement, la mobilité, l’action sociale, l’enseignement,...).
Le travail programmatique entamé en janvier est toujours en cours : nous aurons l’occasion de présenter dans les prochaines semaines et les prochains mois les principales propositions que nous formulons pour rendre notre ville plus solidaire, plus écologique et plus démocratique.
Nos assemblées de mai et juin désigneront celles et ceux qui porteront nos propositions devant les électeurs.
Parallèlement et de façon complémentaire à cet engagement électoral, VEGA entend développer un travail d’éducation citoyenne et populaire dans la durée. Notre objectif général est de fabriquer ensemble des outils pour reprendre le contrôle de notre destin collectif, des outils pour que chacun puisse devenir un citoyen actif dans son quartier, dans sa ville.
Modestement mais avec sérieux, VEGA entend redonner au citoyen le goût de la politique. Quand l’air du temps est à considérer la politique comme une chose sale, nous voulons y plonger nos mains de simples citoyens pour rendre les institutions publiques plus attentives aux préoccupations populaires.
 

jeudi 19 avril 2012

l'abattoir d'Anderlect

Offrez-vous un voyage international pas cher. L'Afrique et l'Asie réunies pas loin de chez vous: l'abattoir d'Anderlecht. Mercredi dernier, nous nous sommes offerts Marlène et moi, notre destination préférée, Bruxelles.
Nous devions nous rendre au consulat d'Espagne pour le renouvellement du passeport de Marlène. Cette formalité accomplie, nous avions décidé d'aller nous balader autour de l'abattoir d'Anderlecht pour visiter les vendeurs de matériels horeca, très nombreux dans le coin. Comme d'hab, nous avons eu de la chance et sommes tombés sur un marchand et des offres plus qu'intéressantes de matériels de qualité pour la cuisine, venant ...du Portugal. Cela nous a pris deux bonnes heures de faire un relevé des prix, le plus complet possible. Ensuite, direction l'abattoir lui-même.
Il m'était arrivé, lorsque j'étais directeur du CIRE, de «fuir» sur le temps de midi, les bureaux de la rue du Vivier à Ixelles pour aller flâner et m'immerger dans le brouhaha du marché de l'abattoir. Je crois que c'est sans aucun doute le lieu le plus cosmopolite, le plus bigarré et le plus métissé de Belgique. Toutes les nationalités, toutes les couleurs de peau, toutes les langues s'y côtoient, se croisent, se rencontrent dans une ambiance presque villageoise.
Ce sont des centaines de stands qui sont installés sous la magnifique et immense halle métallique. Vous y trouvez absolument de tout, les vêtements pour toute la famille, de 1 à 5 €; la quincaillerie, les sacs, les valises, l'outillages, l'alimentation, fruits et légumes et tout ce que vous pouvez imaginer.
Des milliers de femmes, d'hommes et d'enfants déambulent, cela discute et cela marchande; Cela crie et cela chante, cela s'arrête, se regroupe, dépose les sacs remplis d'achat, cela rit, prends des nouvelles de la famille, cherche un moyen de locomotion pour transporter toute cette marchandise achetée et ces sacs trop lourds et trop remplis.
Marlène et moi avons retrouvé cette ambiance que nous aimons tant. Rien ne nous fait plus plaisir que de voir ces groupes de femmes heureuses et de tenter de reconnaître leur origine de polonaise, russe, roumaine, indienne, chinoise, Balkans... de les voir se mélanger, se faire expliquer les achats et les marchandise exposées; A l'extérieur du périmètre de l'abattoir lui-même, les magasins spécialisés foisonnent: « Toutes les Spécialités Polonaises » affiche l'un,  «Toutes les Spécialités Italiennes, russes... et à l'intérieur, derrière les grilles en fer forgés, le voyage continue. Je crois que c'est la Roumanie qui a la palme du comptoir le plus long. « Toutes les Spécialités de la Roumanie » dont la richesse nous épate.
Le marché est bordé de petits buis-buis où vous pouvez boire et manger. On vous sert des assiettes -en plastic- généreusement garnies de spécialités de tous les pays. J'aurais voulu aller tâter du « Persian food », mais nous avions décidé d'aller manger à la maison du peuple de Saint Gilles, de nous y imprégner d'éléments de décors que nous voudrions décliner dans notre futur restau.
Au milieu de l'immense esplanade de l'abattoir, il y a bien entendu le marché (couvert) aux viandes.
Moutonneries et chévreries sont bien sûr dominants. Mais nous étions vendredi et sommes tombés sur deux étals vendant cochons et porcelets. Soyons clairs, vous n'avez pas affaire à de la viande bio, mais à titre d' information, sachez que vous pouvez y acheter des porcelets, nettoyés et vidés, prêts à être embrochés et tourner autour du barbecue. Le porcelet de dix kilos est à cinquante €. L'agneau, dans le même état, pèse de 6 à 8 kilos et se vend 11€ le kilo.
Le marché se tient les vendredi, samedi et dimanche; Le vendredi est le meilleur jour si vous voulez éviter la vraiment trop grande influence et c'est le seul jour ou le marchand de porcelets est présent. Les marchands commencent à remballer vers 14h30. Si vous y allez, soyez relax, soyez vous-mêmes, vous ne risquez rien, tout le monde y est chez soi, vous aussi. Inutile quand même d'ouvrir vos poches et vos sacs aux pickpockets, prenez les petites précautions élémentaires.
Un conseil, garez vous dans les environs de la gare du midi et montez à pieds vers l'abattoir, cela ne vous prendra pas plus de dix minutes. (nous nous sommes garés au boulevards Poincaré, il y a souvent de la place.); En effet, quelques rues des environs de l'abattoir sont essentiellement occupées par les acheteurs-revendeurs de voitures d'occasion qui partent vers l'Europe centrale ou des destinations plus lointaines. Les camions de transports de voitures font le plein devant vous. Suis pas sûr que toutes ces voitures ont été acquises comme il se doit. Inutile donc de faire cadeau de votre guimbarde aux trafiquants.

Bonne visite et si vous y allez, faites-moi part de vos impressions

Bon, ceux et celles qui sont passés en Hors Château ont bien vu que cela travaillait dans notre futur installation. En principe, on sera dans les temps pour l'ouverture le 18 août. Bloquez déjà la date. Pour le moment, les démolisseurs déshabillent le bâtiment, et plus ils le déshabillent et plus cela nous plaît. Ce sera unique, comme le lieu unique de Nantes dont je vous ai déjà parlé: notre rêve. Vivement août qu'on se retrouve.

Dernière chose, merci pour vos compliments et encouragements quand à ma fiction en cinq épisodes. Allei, à la semaine prochaine.