mardi 10 avril 2012

cachez-vous sous les bancs (5 et fin)


Le buffet des nourritures du monde me parut pantagruélique. Le curry et le curcuma dominaient et je m’aperçus qu’il y avait peu de viande. Quelques boulettes d’hachés au cumin et de toutes fines escalopes qui se dégustaient comme des friandises. Les salades très colorées, les légumineuses et le riz étaient dominants. Vingt cinq ou trente personnes partageaient le repas, dont mes deux nounous. Eterno me présenta les invités individuellement. J’appris ainsi que mes deux nounous étaient en fait mère et fille. On appelait la maman Aamal, ce qui voulait dire Espoir. Elle avait 98 ans. Sa fille se prénommait Ahlem qui signifiait rêves et douceurs. Elle allait sur ses 81 ans. Je constatais que tout le monde les traitaient avec gentillesse et affection et qu’elles émiettaient leurs boulettes de viande et leurs fallafels avant de les porter à leur bouche édentée.
-          Elles t’accompagneront dans ta chambre tantôt, laisse les t’administrer leur traitement, me glissa Eterno avec un sourire mystérieux.   
Les spéléologues avaient troqué leur salopette pour une tenue de ville. Deux d’entre eux étaient historiens. Ils s’excusèrent pour la descente surprise du puits de Païenporte. Nous échangeâmes bien entendu sur la ville souterraine. Ils m’expliquèrent à leur tour, qu’il était normal qu’une ville millénaire comme l’était Liège soient traversés de galeries et cavités de toutes sortes. Quelques mois auparavant, on avait du bloquer la circulation des trains à la gare du Palais et on avait fait appel à eux pour aller constater l’effondrement d’une ancienne galerie minière sous la gare. Il avait fallu y faire des travaux d’étançonnement.  Eterno me présenta Zeineb dont l’origine était le nom d’un arbrisseau qui pousse dans le désert et porte des fleurs très parfumées. La Zeineb que j’avais devant moi n’était pas un arbrisseau mais une belle jeune femme d’origine turque, sociologue de formation qui se chargeait, dans la communauté, du recueil des témoignages des membres ; ces fameux témoignages que l’on enfermait ensuite dans les bouteilles que j’avais pu voir.
A propos de bouteilles, un silence presque religieux vint interrompre à un moment le brouhaha des conversations. Un participant que l’on ne m’avait pas encore présenté, venait de nous servir un verre de vin qui s’avéra être un Romanée-Conti. C’était la première fois que j’avais l’occasion de déguster ce vin prestigieux. Il ne s’en produit que 6000 litres par an et est habituellement réservé aux collectionneurs ou aux tout grands acheteurs.  J’avais lu qu’une caisse de je ne sais quel millésime avait atteint la somme de 350 000 dollars dans une vente à Hong Kong. Le prix du flacon de Romanée-Conti de l’année 1995 avait lui était fixé à 5000€ et les acheteurs ne pouvaient en acquérir que deux bouteilles. Celui que nous dégustions avait été trouvé dans une cave d’un deuxième sous sol de ce qui devait être un couvent. Elle contenait des centaines de bouteilles des plus grands crus français et l’absence de lumière avait favorisé la conservation de bouteilles datant parfois du début du vingtième siècle. Ce n’est qu’en de grandes occasions que nous consommons ces nectars, me chuchota Feri.  Nez, longueur, rondeur  pensai-je après la première gorgée. Vieille terre, vieux bois, vieux cailloux me vinrent en tête après la deuxième.
Il était près de trois heures du matin quand nous nous séparâmes et qu’Aamal et Ahlem me guidèrent vers ma chambre. Elles m’aidèrent à me déshabiller et me firent m’étendre, nu comme un ver, sur un tapis au sol. Elles se mirent alors à me piétiner comme un vulgaire paillasson. J’eus d’abord quelques craintes mais me rappelai les paroles d’Eterno et me rendis vite compte qu’elles ne me faisaient aucun mal. J’avais déjà entendu parler de ces massages par les pieds. Dans mon cas, elles utilisaient tant les pieds que les mains, dans une synchronisation parfaite ; quand l’une tournait mon buste vers la gauche, l’autre tordait mon bassin vers la droite et j’entendais mes articulations craquer aussi fort que le plancher du grenier qui nous hantait tant, mes frères et moi, quand nous étions enfants. Quand après ce qui me parut être une demi heure, elles arrêtèrent leur trituration, j’avais l’impression d’avoir grandi de dix centimètres et j’aurai pu prendre un crayon et écrire avec mes orteils qu’elles avaient massé un à un. Je transpirais par tous les pores de ma peau qu’elles rafraîchirent avec de gros cotons ouatés  imbibés d’eau de rose.
Je me souviens encore qu’elles m’aidèrent à me glisser sur un matelas moelleux et qu’elles me couvrirent d’une couette aussi épaisse que légère juste avant que je ne sombre dans un sommeil doux et profond. J’étais ravi d’être ainsi repassé un petit moment en enfance. Il était six heures quand je me réveillai et je savais que cela signifiait dix huit heures, j’avais donc dormi près de 14 heures d’affilée, ce qui, je pense, ne m’était jamais arrivé.
Je retrouvai Eterno qui avait prévu que nous passions la soirée ensemble et mangions en tête à tête. Il me parla des différentes périodes de sa vie. Il avait traversé l’Europe en tout sens ainsi que les trois derniers siècles où les périodes de guerre avaient été bien plus nombreuses que les périodes de paix. Il avait quitté la Roumanie, à l’époque une partie du territoire de l’Autriche-Hongrie, à l’adolescence, seul car sa famille avait été décimée. Il s’était fixé  à Liège qu’il estimait le point de passage presqu’obligé de ceux qui voyageait d’Est en Ouest et du Nord au Sud.
-          En ces temps, Mario, si l’on voulait apprendre, s’informer, s’enrichir, c’était auprès des voyageurs qu’il fallait le faire.
Ses voyages ne l’empêchèrent pas de fonder une famille et d’avoir des enfants. Je lui posais alors la question qui me taraudait depuis le début de notre rencontre, dont je ne savais plus si elle remontait à deux ou trois jours, question dont la naïveté ferait sans doute sourire mon interlocuteur. 
-          Eterno, êtes-vous Dieu ? Ou alors un dieu ? Si j’ai bien compris, votre vie n’a eu ni commencement et n’aura pas de fin ?
Eterno sourit en effet
-          Je comprends que tu te poses cette question me dit-il. Mais je ne suis pas Dieu, ni un dieu quelconque, me dit Eterno. j’ai eu un commencement, il y a un peu plus de 275 ans quand un autre Eterno a jeté son dévolu sur moi et m’a demandé de prendre sa succession, et j’aurai une fin, quand moi-même je passerai le flambeau à celui ou celle qui sera prêt à me succéder.
-          Mais pourquoi, m’étonnai-je, pourquoi renoncer à cet extraordinaire, fabuleux cadeau qu’est l’éternité ? N’est-ce pas l’obsession de l’homme que de devenir éternel, de vaincre la mort, de devenir dieu. Que ne serions-nous pas prêt à faire pour traverser les siècles futurs et devenir immortel? Certains paient des fortunes pour que l’on conserve leur corps congelés jusqu’à ce que la science soit prête à leur redonner la vie.
-          Je sais les fantasmes et les obsessions des hommes, Mario. Surtout dans nos sociétés contemporaines, où l’on court sans réfléchir et on nie la mort qui pourtant est présente chaque jour. Mais as-tu déjà réfléchi à ce qu’est mon éternité. J’ai vu mourir ma femme, mes enfants, mes petits enfants. Dieu merci, mes descendants existent encore et ont fait leur vie. J’en rencontre encore de temps à autres mais ils ne me connaissent pas, ils m’ont oublié et je les comprends. Sais-tu combien il peut être pénible de faire son arbre généalogique à l’envers ? De plus me dit-il, dis-moi selon toi combien devrait durer l’éternité ? Pour quoi, pour aller où, pour rencontrer quoi ou qui ?
-          Pour certains ce serait d’enfin un jour connaître le monde pacifié, m’exclamais-je. Pour d’autres qui auraient raté leur vie, c’est de la refaire autrement, de rencontrer le grand amour qu’ils n’ont pas connu par exemple. Que sais-je encore !
-          Bien sûr que souvent chacun rêve d’un jour connaître un monde harmonieux et en paix ? Et pourtant, je vois ce monde passer sans s’améliorer. Les progrès techniques s’ils ont soulagé les tâches et le travail des hommes, n’ont apporté ni harmonie, ni équilibre, ni justice. Bien sûr, je ne désespère pas que nous y arrivions. Mais combien de siècle faudrait-il vivre et se battre pour un jour vivre ce rêve ? Ne crois-tu pas que nous laissons passer les choses, en espérant qu’elles viendront demain d’elles-mêmes parce que le temps aurait joué. Ceux qui n’ont pas rencontré le grand amour comme tu dis, ne l’ont-ils pas simplement laissé passer, n’ayant pas le courage de saisir la main qui se présentait, ou oubliant de le faire parce que préférant courir la frivolité. Crois-tu vraiment que l’éternité leur apportera une deuxième chance? Pourquoi ferions-nous plus tard ce que nous sommes incapable de faire dans le présent ?
J’étais ébranlé, je réfléchissais à ce que venait de me dire Eterno et reconnus que si, à l’occasion de décès de proches, je m’étais posé ces questions, j’avais renoncé à tenter d’y apporter une réponse. Quelle est la bonne durée d’une vie ? Les cinquante ans qu’avait vécus ma mère ? Les soixante ans de Paco. Les nonante ans d’Aamal ? Le bonheur est dans le présent et dans ce qu’on en fait pensais-je.
En fait, rêver d’éternité était une manière de se mettre en attente, en attente d’un monde qui viendrait seul. Le rêve de longétivité n’était-il pas simplement un renoncement, un manque de courage ?
-          Nier la mort, c’est bien souvent nier la vie, dit Eterno comme s’il lisait dans mes pensées.
-          Oui mais toi, dis-je légèrement agacé, quel est le sens de ton éternité ?
J’étais passé au tutoiement sans y réfléchir.
-          Ce n’est pas un privilège, contrairement à ce que tu penses, me dit-il. Nous sommes quelques uns à porter cette charge. Je t’ai dit combien cela m’était difficile. Crois-tu que c’était de cela dont je rêvais, mendier en me faisant passer pour un tuberculeux ? Nous sommes là pour témoigner, transmettre une histoire ou des histoires parfois oubliées et enfouies au plus profond. Justement pour dire aux hommes, n’attendez ni miracle, ni un temps qui ne viendra pas, faites aujourd’hui ce qu’il y a à fair, j’en ai trop connu qui ont attendu et sont morts sans avoir vu.
-          Vous êtes donc plusieurs, vous formez un groupe ?
-          Non, nous ne nous connaissons pas, mais je ne peux me croire unique, je pense qu’il y a d’autres Eterno dans d’autres parties du monde.
J’étais confus, je ne savais si je devais croire ce qu’Eterno me disait. Cela paraissait tellement incroyable, fantasmagorique et pourtant il m’inspirait confiance et je sentais que cela pouvait être vrai. De nouveau, Eterno, qui paraissait de nouveau soucieux, sembla lire dans mes pensées.
-          Mario, je t’ai dit quand nous nous sommes rencontrés que j’avais trois choses à te demander. Outre que je voudrais que tu t’occupes de Darline et que tu nous aides à nous débarrasser des trafiquants d’armes, je voudrais… que tu me soulages de ma mission, que tu prennes ma succession. Il te reviendra de témoigner et de transmettre la vie des prochaines décennies.
Je ne sus que répondre et désarçonné m’en tirai en lui demandant simplement de me laisser quelques semaines de réflexion.
-          Bien sûr, que sont quelques semaines face à l’éternité ? Ironisa-t-il.

Epilogue
Le lendemain de cette discussion avec Eterno, je quittai les sous sols et rentrai chez moi terminant ainsi après trois jours cette promenade commencée à la citadelle. Juste à temps, et cette fois sans faire de dégâts ni emprunter la voiture d’Ahmed, pour préparer la maison en vue du retour de Marlène. Je lui racontai tout ce que j’avais vécu ces derniers jours. Elle n’y crut que quand je l’emmenai à son tour dans les sous sols liégeois rencontrer mes nouveaux amis.
Depuis, je fréquente la communauté très régulièrement et suis devenu un des leurs.
J’avais émis une stratégie simple pour nous débarrasser des néo-nazis trafiquants d’armes, sans que nous ayons à les affronter directement et sans faire courir le moindre risque à la communauté. Ce n’est que tout récemment que le dénouement a eu lieu. Nous avons, à une douzaine, déménager toutes les armes et les munitions dans les caves de notre futur nouveau restaurant en Hors Château. Nous avions laissé un message en allemand : vos armes ont été transférées au 78 rue Hors Château, vous pouvez entrer par le volet métallique qui se trouve rue de la Poule.  Le matin du mardi 27 mars, j’étais allé voir un procureur, client de Como en casa, qui  avait organisé chez nous à la place Saint Etienne, le repas annuel de ses collègues. Je lui expliquai simplement que j’avais découvert ce stock d’armes en préparant l’aménagement du sous sol de nos nouveaux locaux et que j’avais constaté que les trafiquants y venaient un mardi sur deux et qu’ils y viendraient logiquement ce jour. Cinquante policiers furent mobilisés pour boucler discrètement le quartier. Seul deux hommes résistèrent et allèrent jusqu’à ouvrir le feu. Ils furent abattus sur place. Les autres furent arrêtés et déférés au parquet. Il s’avéra très vite qu’il s’agissait des mêmes néo-nazis qui avaient fait le coup de force dans l’usine Meister à Sprimont. Recrutés par le patron, ils avaient envahis les locaux de Sprimont, en chassant les ouvriers, détruisant leurs effets personnels et embarquant la production vers la nouvelle usine installée en Europe centrale. La police n’avait rien pu faire. Nous avions donc fait coup double ce 27 mars: justice était faite pour les travailleurs de Meister et  Eterno et ses amis pouvaient continuer leur œuvre en paix et en sécurité. Quelques jours plus tard les travaux démarraient dans notre bâtiment au coin de la rue de la Poule et de Hors château. Juste au dessus des souterrains qui abritent la communauté.
Je rencontre régulièrement Aamal et Alhem, je leurs apporte des friandises qu’elles adorent mâchouiller. Elles s’amusent parfois à me décorer la figure de teintures de leur fabrication. Elles s’inquiètent et me disent de prendre soin de moi et de venir me faire masser de temps à autres. Ahlem dit que si elle m’avait rencontré plus jeune, elle m’aurait épousé.
Il m’arrive souvent de croiser Darline en Hors Château, sa main dans la main de Paquita. Après tout, Paqui est pédopsychiatre et avait accepté, sans hésitation, d’accompagner la thérapie de Darline au quotidien. Quand elle me voit, Darline court et saute dans mes bras comme le font mes petites filles Elina et Elsa. La dernière fois, elle m’annonça toute excitée qu’elle aimait beaucoup sa nouvelle institutrice qui s’appelle Anwaar. Plus tard, Eterno m’apprit qu’en arabe, Anwaar signifiait rayon de lumière.
Aujourd’hui, Paquita et Darline sont devenues inséparables. Quand on les voit marcher dans les rues de Liège, Darline calquant sa marche et son allure sur celle de Paqui, on ne peut s’empêcher de penser à deux femmes touaregs fendant les vents et les sables du désert pour marcher vers le soleil.
Je me déplace souvent en Outremeuse pour prendre un verre avec Feri qui refuse de traverser le pont.
-           -Mon village c’est Outremeuse  et le centre de mon village c’est la place de l’Yser, me dit-il.

Enfin, au long de ces trois mois écoulés, Eterno et moi avons eu de nombreux et longs échanges. Aujourd’hui ma confiance en lui est totale et je lui ai donc fait part de ma décision quand à la proposition qu’il m’avait faite de lui succéder.
Il me fit promettre de garder le secret absolu sur la réponse que je lui ai donnée.

jeudi 5 avril 2012

Cachez-vous sous les bancs (4)


Eterno tenta de me rassurer et s’excusa de ne pas m’avoir mieux averti de cette rencontre avec Darline ; Il me raconta son histoire et me dit que sa mère l’accompagnait et qu’elle était entourée au mieux. Il pensait que j’étais mieux placé pour prendre contact avec des psychiatres spécialisés dans l’accompagnement des traumatismes lié à la guerre et à l’exil.
J’acceptais évidement de m’en occuper et de prendre les contacts nécessaires.
-          Je crois que je n’ai pas besoin de te présenter la personne qui va te guider dans la découverte des sous sols liégeois.
Je me retournais et fut complètement surpris. Feridoun !! Feri, ça alors!! Celui-ci riait de bon cœur, comme toujours et nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre nous embrassant avec force tapes dans le dos.
Je connaissais Feri, c’est ainsi que ses amis l’appelait, depuis une quinzaine d’année, quand nous l’avions engagé avec 11 autres réfugiés pour tenir différents rôles à l’intérieur de l’expo du CIRE en 1996
Feri était un personnage terriblement attachant malgré sa tête complètement hirsute. Il avait les yeux charbonneux, les sourcils broussailleux, un long nez courbé de travers recouvert de poils, Une barbe terriblement drue et qui ne rencontrait que rarement une lame gilette, autant d’attributs qui lui donnait l’apparence d’un mineur de fond. Il faisait penser immanquablement à Anthony Quinn dans ses rôles les plus trash. Mais Feri était d’une gentillesse à toutes épreuves et  dans tous ses rapports évitait avec doigté toute discussion qui aurait pu froisser ou contrarier son interlocuteur. Il avait fui son enrôlement dans l’armée iranienne dans les années nonante au moment où la guerre avec l’Irak menaçait encore. «  le gaz moutarde, c’est pas ma tasse de thé » me dit-il un jour.
Outre ses poésies qu’il écrivait la nuit, Feridoun dessinait et peignait avec un certain talent mais doutait qu’il eut pu en vivre. Il avait trop de passion pour se concentrer sur une seule. Il avait étudier tous les grands classiques de la philosophie et pouvait vous entretenir de Platon, de Spinoza, de Schopenhauer ou de Nietzsche. Ses amis évitaient le plus soigneusement possible les sujets qui pouvaient l’entraîner sur ce terrain car alors ils y passaient la nuit. Pour Feri, il était évident que tous ces philosophes étaient d’accord sur l’essentiel, à savoir que l’homme se construit et construit son identité dans sa relation et son opposition aux autres hommes.  L’homme était « un être social, une production sociale et rien d’autre », assénait-il. Il tenait pour acquit que ce qui opposait les grands courants philosophiques portait uniquement sur le fait de savoir si les hommes avaient pu construire au long de  leur histoire collective chaotique, un socle suffisant de valeurs communes qui puisse définir le comment vivre ensemble. « Visiblement, au vu du monde tel qu’il va, la réponse est non », pensait Feri, ». Il était persuadé que la solution se trouvait dans une synthèse alliant Spinosa et Kant  mais avait renoncé à aller plus loin dans ce domaine quand il découvrit que l’Europe et l’Occident était peu à peu envahis par les différents courants venus du Bouddhisme.
Ceux-ci, alliés aux grands courants psychanalytiques, avait réussi à se faire passer pour une non religion et convaincre les plus érudits que le bonheur était affaire de chaque individu qui avait à le trouver au fonds de lui. « Le bonheur et l’équilibre est à chercher dans la plénitude intérieure » proclamaient ces nouveaux courants. «  Je n’ai pas envie de chercher la vérité dans mon sperme et dans mes selles » avait décrété Feri.
Il s’était alors jeté à corps perdu dans l’étude des mathématiques et de la physique classique, espérant que ces sciences exactes ne se laisseraient pas contester par de doux rêveurs. Il y passait des nuits entières accompagné de ses bouteilles de whisky. Nous étions quelques uns à regretter sa période philosophique et à nous inquiéter pour sa santé. Surtout si nous le rencontrions le matin sortant de chez lui, hagard et plus hirsute que jamais, allant prendre son café chez ses amis turc « la seule méthode pour faire du bon café est la méthode turque » disait-il. Nous pensions que Feri sombrait peu à peu dans la folie. Il s’enivrait tant de whisky que de formules algébriques kilométriques. Il s’était mis à contester certaines équations d’Einstein en nous expliquant que suite à ces erreurs une grande partie du monde scientifique faisait fausse route et faisait perdre un temps fou au progrès et à l’humanité. J’étais privilégié parmi ses amis, car Feri voyant que je ne comprenais rien à son charabia avait décidé que j’étais un rêveur métaphysique irrécupérable.
Nous nous sentions impuissant à l’arrêter dans cette recherche  éperdue, fougueuse, désordonnée et insatiable de LA vérité. Nous crûmes tous qu’il était définitivement perdu quand il nous expliqua qu’il mettait au point, grâce à des algorithmes et autres outils mathématiques, une méthode qui lui permettrait de déterminer le nombre exact de galaxies que contenait l’univers. Que cette étape lui était indispensable pour contester les grandes théories popularisées par Hubert Reeves ou Albert Jacquard. Ceux-ci affirmaient que l’apparition de la vie bactérienne sur terre et son évolution vers le développement  de l’animal hors de l’eau et finalement l’apparition de l’homme et de l’intelligence étaient la somme d’une telle quantité de chances et de hasards qu’il était impossible que ce processus se soit reproduit sur une autre planète. « Tout cela c’est pour nous faire accepter la main invisible du marché » hurlait Feri.
Pourtant Feri survécut à ses dérives. Peu à peu, nous arrivâmes à le sortir de ses obsessions, à l’intéresser de nouveau aux plaisirs quotidiens, aux soirées et repas entre amis où nous évitions une trop grande disponibilité d’alcool. Ses amis turcs le prirent avec eux pour les aider dans leur petit restaurant et non seulement Feri se remit à la poésie mais aussi à dévorer nombre de romans qui ne menaçaient en rien son intégrité mentale. Il avait peu à peu retrouvé le sourire et le rire. De plus en plus ses phrases se terminaient alors par de grands éclats : ah !ah !ah !
-          Que fais-tu dans ces catacombes lui demandais-je ? Pourquoi vivre ainsi dans les ténèbres et les sous sols ?
-          Nous n’y vivons pas Mario, nous vivons, pour la plupart d’entre nous dans la vie normale, dans la ville. Ici c’est notre lieu de rencontre. Seule une minorité y vit, mais de façon temporaire, parce que nous jouons pour ceux qui en ont besoin, un rôle de refuge provisoire, le temps qu’ils retrouvent leur marque et leur capacité à affronter le quotidien. Pour le reste, quand nous venons ici, c’est parfois pour chercher de l’information, pour rencontrer d’autres membres de la communauté, pour aider dans telle ou telle organisation d’un service.
-          Mais vous voulez quoi ? Comment vous définissez-vous ? Tu parles de communauté mais dans quel sens ? Religieux ? Sectaire ?
-          Tu me vois moi dans une secte ? Un laïc comme moi qui ait fui un pays pollué par la religion et le fanatisme ? Ah, ah, ah, s’esclaffa Feridoun. Très sérieusement, nous sommes plutôt une ONG si tu veux une définition. Nous nous organisons pour aider. Notre première mission est de protéger les citoyens et la ville de toute menace extérieure. Dieu merci, elles sont peu nombreuses, mais elles existent. Eterno t’en parlera. Nous sommes de toutes nationalités, une bonne moitié des membres est de nationalité belge. Enormément de professions sont présentes: enseignants, comptables, avocats, médecins, historiens, informaticiens, diverses professions manuelles… Ne crois pas que ce sont des marginaux qui sont ici. Tiens ceux que tu vois là, me dit-il en me désignant une grande table autour de laquelle travaillaient une dizaine de personnes à l’aide d’ordinateurs et qui se retournèrent pour me saluer, sont la crème des informaticiens. Je crois bien que nous sommes les plus pointus en matière de recherche d’informations et de base de données. Ils sont un peu hackers, mais c’est pour le bien du peuple Ah ! Ah ! Ah.
-          Retrouvant son sens de l’humour il me dit : tu vois Mario, moi je trouve que ces sous sols sont la traduction la plus concrète de ce qu’est le matérialisme historique ah ! Ah ! Ah ! Ici toutes les dialectiques sont à l’œuvre ! la dialectique du réel et du caché Ah! Ah ! Ah ! de la clarté et des ténèbres ! De la loi et de la liberté ! Ah ! Ah ! Qui est libre Mario, ceux qui vivent dans la lumière, au grand jour, ou ceux qui sont dans les ténèbres mais voient ce que beaucoup ne voient pas ? Ah ! Ah ! Ah ! 
Je crus que de nouveau Feri avait replongé dans la folie. Mais il riait et me guidait de souterrain en cave, de la gare du Palais où il m’expliqua « nous avons perdu un beau morceau de territoire avec le parking du Crowne Plaza, » nous redescendîmes vers les énormes sous sols de Saint Léonard et allâmes jusqu’aux locaux souterrains qui a une époque étaient occupés par la SNCB à Vivegnies. « Qui de la SNCB sait encore que ces beaux locaux existent ? » me dit Feridoun. Partout où nous passions, des gens s’affairaient, paraissaient occupés, se retournaient sur notre passage et me saluaient en souriant, comme si ma venue avait été annoncée.
-          Tu vois cette belle salle carrelée de jaune, regarde ces bouteilles.
De fait, il y avait là des centaines si pas des milliers de bouteilles telles que celles rencontrées à la citadelle.
-           Ce sont les histoires de tous ceux qui sont passé ici, m’expliqua Feri, que peut-être dans plusieurs diziane d’années  les gens qui les découvriront, découvriront avec elles une histoire dont on ne parle jamais.
-          Une sorte de musée des immigrés ou de l’immigration lui suggérai-je ?  
-          Non Mario, ici, dans notre communauté, les termes immigration, sans papiers, réfugiés ont été bannis. La société et le pouvoir ont tellement criminalisé ces termes qui désignent les étrangers, que nous préférons ne plus les employer. Nous parlons de la population mondiale en mouvement par exemple. Cela remet tout le monde sur pieds d’égalité. D’ailleurs beaucoup viennent ici pour cela. Ici ils ne sont plus des étrangers ou des demandeurs d’asile, ils sont Joseph ou Jean, Marie ou Aïcha, ils sont père ou mère, ils sont comptable, médecin ou journaliste. Ici ils ne sont plus les parias qu’on a fait d’eux à la surface. Ils viennent respirer et retrouver leur véritable identité.
Feri voulu m’emmener vers d’autres endroits mais j’étais passablement fatigué, il était près de minuit et je voulais qu’on me dise clairement ce qu’on attendait de moi. Nous retournâmes dans les caves Hors Château
-          un bon repas nous attend Mario.  Eterno te dira le pourquoi il t’a fait venir. Saches juste une chose, regarde ce tunnel très large là-bas, c’est un endroit où nous n’allons plus car trop dangereux mais que nous voudrions récupérer. Eterno t’en dira plus.
Il était évident que je ne rentrearis pas chez moi ce jour là et que je serais amener à passer la nuit dans cet endroit. Je m’y sentais maintenant en sécurité, ne fut-ce que par la présence de Feri. Marlène était en traduction en Allemagne encore pour deux  jours, je n’avais aucune contrainte.
Dans une salle merveilleusement décorée, une magnifique table était dressée.
-          Réjouis-toi me dit Feri, tu vas avoir droit à un buffet des nourritures du monde.
-          Evidemment si vous me prenez par les sentiments.
Eterno s’inquiéta de savoir si la visite m’avait intéressée.
-          Bien sûr dis-je, c’est surprenant et je veux vraiment croire que vos visées sont pacifiques et démocratiques. J’aimerais rencontrer ces gens, faire connaissance et en savoir un peu plus sur leurs motivations à eux mais aussi les vôtres et le pourquoi vous m’avez attiré ici. J’imagine que même si j’y accorde énormément d’importance, vous aviez d’autres choses à me demander que d’aider Darline ?
Eterno paraissait soucieux. J’étais frappé par le ton mat de sa peau et sa couleur entre le brun et le noir. La peau du visage n’avait aucune ride et semblait complètement imberbe et cela m’avait déjà frappé lorsqu’il circulait dans Liège avec son masque médical. Il se caressait le menton, semblant chercher ses mots.
-          Est-ce que Feri t’a montré le tunnel que nous ne fréquentons plus, que nous aimerions récupérer ?
    J’acquiesçai.
-          Des armes y sont entreposées, Mario. Pas par nous, rassure toi. Il y a là toutes sortes d’armes de guerre, des mines anti personnelles, des mitrailleuses, bazookas, pistolets et que sais-je encore. Il y a des dizaines de caisses de munitions de toutes dimensions des explosifs en tout genre. Un mardi sur deux, toujours à la même heure précise, des groupes viennent en prendre ou en déposer d’autres. Ils sont parfois encagoulés, des croix nazies sont tracées sur leur vêtement, ils parlent allemand. Ils ont une dégaine et un physique terrifiants. Il est évident qu’ils sont entraînés au combat et qu’ils savent manier ces armes. Quand ces mardis approchent, nous sommes sur le qui-vive et déménageons la plupart d’entre nous vers les sous sols de la chartreuse pour ne prendre aucun risque. Cela nous prend énormément de temps et d’énergie.
-          Mais c’est terrible dis-je. Et évidement vous ne pouvez faire appel à la police, ce serait vous découvrir !! Mais que pourrait-on faire ?
-          - C’est justement la deuxième chose que nous voulions te demander Mario : Aide-nous à nous en débarrasser.
Je me demandais s’il n’y avait pas erreur sur la personne, mais je connaissais aussi depuis longtemps mon incapacité à dire non quand il s’agissait d’aider.

jeudi 29 mars 2012

Cachez-vous sous les bancs (3)


J’eus l’impression d’émerger par moment, je me sentais suspendu dans le vide, soutenu par des liens et des personnes paraissaient tourner autour de moi, harnachés comme des alpinistes. Je rêvais d’une descente en rappel le long d’une montagne. Je croyais que mon rêve de jeunesse, celui de grimper l’Annapurna, s’était enfin réalisé. J’entendais des murmures, des personnes qui parlaient entre elles, des voix d’homme me semblait-il.
Mais à d’autres moments, je plongeais dans le noir et le sommeil le plus absolus, n’ayant aucune conscience de ce qui pouvait se passer autour de moi. Parfois, je ré émergeais avec l’impression qu’on m’avait donné des coups, ou que mon corps avait été projeté contre une falaise ou contre un mur.
Quand je me réveillai, il me fallut plusieurs minutes pour reprendre conscience de ce que j’étais et de ce qui s’était passé. Je relevai la moitié de mon corps en paniquant, on m’avait endormi et enlevé, mais deux très vieilles femmes posèrent les mains sur moi, tentant de me rassurer « calmez vous, tout bien, nous occuper de vous… » Je n’avais aucunes possibilités de savoir combien de temps j’avais dormi. D’où venaient donc ces deux femmes que je n’avais jamais rencontrées ? Des tatouages parcouraient leur visage et leurs mains. Elles avaient la peau terriblement fripées, couvert de rides, les yeux très fins, presque fermés, le menton en galoche et la bouche edentée, les mains osseuses où se dessinaient de grosses veines. Elles me firent penser aux femmes d’Aquilano, qui tournaient autour de mon lit quand enfant, un furoncle énorme accompagné de fièvre m’avait cloué au lit plusieurs jours. Je retrouvais à cette évocation l’odeur infect des cataplasmes que chacune avait préparé à sa façon et m’appliquait qui sur le genou, qui sur le front.
Le local dans lequel je me trouvais à mon réveil, paraissait vaste, éclairé assez faiblement sans aucune lumière naturelle. J’étais allongé dans un sofa recouvert d’un drap blanc tout à fait propre. Je m’imaginais dans un espace non occupé près de l’hôpital de la Citadelle. A une dizaine de mètres se tenait un groupe de quelques personnes, échangeant entre eux tout en me jetant de temps en temps des coups d’œil furtifs. Trois ou quatre  étaient vêtus de salopette rouge-orange et harnachés comme des alpinistes. Comme dans mon rêve ? Qu’est-ce que tout cela voulait dire? Pourquoi m’avait-on endormi et amené là ? Qui? Que me voulait-on? Je m’adressais aux femmes, qu’est-ce que je fais ici ? Mais pour toutes réponses, elles continuaient à me dire « calme, tout  bien, pas de problèmes… » Un membre du groupe me regardait avec insistance. Il me semblait le connaître, avec son gros pardessus brun. C’est à lui que les autres s’adressait comme si de lui on attendait les consignes. Subitement, je me souvins de lui. Mais oui bien sûr, le tuberculeux, celui qui circulait dans les rues de Liège avec un masque médical sur la bouche et le nez ! A tout moment, il montrait de sa main gauche un papier A4 griffonné sur le quel on pouvait juste lire « tuberculeux » et dont on ne pouvait déchiffrer le reste, tout en tendant sa main droite. Il mendiait dans les rues de Liège et était entré à plusieurs reprises à Como en casa, place Saint Etienne. J’imagine qu’à l’époque, ma réaction avait été la même que tous les restaurateurs,  lui donner une pièce pour qu’il s’en aille au plus vite avant que son accoutrement et sa tuberculose fasse fuir les clients. Mais la dernière fois, il avait insisté, avec des yeux qui m’apparurent moqueurs, pour que je lui offre un verre d’eau. Il est vrai que nous étions en période de fortes chaleurs et qu’avec son pardessus, il transpirait à grosses gouttes qu’on aurait pu mettre sur le compte d’un état fiévreux du à sa tuberculose.
Du sofa, j’affrontais son regard, par provocation, il était temps en effet qu’on me donne une explication. Au bout d’un certain temps, il s’approcha, s’installa sur la chaise qu’une des femmes lui cédait
-             -Comment allez-vous, Mario ?
-          -Serais-je sensé aller bien ? Et vous vous êtes tuberculeux ou pas ? Pourquoi m’avez-vous enlever ?
-          -Je ne suis pas tuberculeux, me dit-il, c’était une astuce pour mendier et aussi pour qu’on ne me pose pas de question. Nous ne vous avons pas enlevé, souvenez vous, vous êtes entré de votre propre initiative dans le tunnel du Bloc 4.
-          - Mais enfin, on m’y a attiré, quatre personnes se sont jetées sur moi pour m’endormir ! Où suis-je et comment m’a-t-on emmené ici ?
-           -Vous n’avez aucune crainte à avoir, nous ne vous voulons pas de mal, nous vous considérons comme un ami.
-           -Drôle de façon de manifester votre amitié, me prenez-vous pour un demeuré ?
-         -Je comprends votre réaction, nous allons tout vous expliquer, dés que vous vous serez habillé. Ces deux charmantes dames ont lavé et repassé votre linge, elles vous offriront également de quoi manger et boire. Nous nous retrouverons dans une demi-heure.
De fait, mes vêtements étaient parfaitement propres et repassés. On m’offrit des beurrecks à la feta, absolument délicieux. J’en conclus que mes deux nounous venaient de Turquie ou du Kurdistan. La dernière fois que j’avais mangé des beurrecks aussi délicieux, c’était au Centre Culturel Kurde de Verviers et j’en avais longtemps gardé le souvenir.
Dés la fin de ce court repas, je retrouvais mon interlocuteur.
-             -Vous connaissez mon nom, mais je ne connais pas le vôtre.
-           -Oh, me répondit-il, on m’a tellement donné de noms au long de ma longue existence ! En Belgique, on m’appelle Eterno.
-           -Où sommes-nous, toujours dans les sous sols de la Citadelle.
-          -Non, nous sommes toujours dans les sous sols mais sous  la rue Hors château. Nous occupons ce qui était autrefois une areine de Liège.
-          -Une areine ?
-          -Oui, une galerie si vous voulez, de celles qui autrefois servait à emporter les eaux auxquelles les mineurs se trouvaient confrontées en creusant leur galerie. Les areines ont été remplacées par des égouts en bonne et dues forme mais toutes  n’ont pas été détruites et nous en avons assainies quelques unes. Nous vous avons descendus par Païenporte, un puit creusé par les mineurs au XIV ième siècle qui a à maintes reprises été comblé puis rouvert, qui a servi dans le passé à amener l’eau dans la citadelle, qui est aujourd’hui parfaitement asséché et géré par un club de spéléologue dans lequel nous avons quelques « amis ». Sachez qu’il est profond de 125 m et que votre descente jusqu’ici nécessitait toutes les précautions.
Je n’avais donc pas rêvé. Cette descente, les hommes harnachés, mon corps qui cognait contre les murs…Je sentis la colère monter à m’étouffer
-        -Mais vous êtes complètement fous ! vous m’avez enlevé, endormi et fait courir un énorme danger. Si vous vouliez me voir, il suffisait de me téléphoner !!
-         -Nous vous avons endormi car vous risquiez de nous brûler et de dévoiler notre présence à des travailleurs de l’hôpital. Ce que bien sûr, nous ne souhaitons pas. Nous occupons, depuis quelques années, les sous sols de Liège, Laissez moi vous raconter :
« Comme toutes les vieilles villes, Liège est une superposition de ruines, d’édifices non démolis, de souterrains dont les fonctions ont variés, y compris de souterrains récents que l’on a creusés pour un projet de métro pas très réfléchi. Mais la plupart des souterrains sont anciens, certains remontent au 17 ième siècle, comme le puits de Païenporte, les areines et nombre de puits houillers. La montagne de Pierreuse par exemple est un véritable gruyère et les abords de la gare du Palais regorgent de caves, corridors et salles très convenables. Vous savez, me dit Eterno, l’homme oublie très souvent sa propre histoire. Savez vous qu’au moyen âge, les riches, les nobles, les prêtres, les couvents, bref, tous les notables, s’assuraient très souvent de deux niveaux de caves. Il s’agissait de disposer de suffisamment d’espaces pour les réserves de nourritures et surtout pour faire face aux nombreuses guerres qui faisaient presque le quotidien de l’Europe. Où cacher les trésors tant convoités par ces guerriers ? Quand on a tant et tant démoli le centre de Liège pour faire place au béton, aux constructions modernes, et surtout pour permettre à un maximum de voitures d’accéder dans l’hyper centre ville, que de monuments, d’édifices détruits et effacés de la carte. Les abords de la gare du palais est le sommet dans l’art de la démolition. Tout devait disparaître. L’hôtel Notger comme le couvent et l’hopital des bons enfants et nombre de constructions néo classiques et d’hôtel de maîtres. Que croyez-vous, que l’ouvrier chargé de la démolition se préoccupait de savoir si, quand il avait comblé une cave, il y en avait d’autres en dessous? Souvenez-vous de la Roma de Fellini. Comment imaginer que le palais des  Prince évêques ne possédât pas ses sous sols, ses souterrains conduisant à la cathédrale mais aussi permettant de fuir si besoin en était? Nous sommes aujourd’hui les seuls à disposer d’un recensement complet des espaces disponibles dans le sous sol liégeois. »
-          -Nous ? Mais qui êtes-vous donc ? Pourquoi vous réfugiez dans ces catacombes ?
-          -Je suis Eterno. Il y a très longtemps, je vécu quelques années à Rome, on m’appelait Angelo, les italiens pensait que j’étais un ange. Les madrilènes à une autre époque m’appelaient Salvador, le sauveur. Aujourd’hui on m’appelle Eterno. Ne comprenez-vous pas ?
-          - C’est cela vous êtes éternel sans doute ?
-         - Ne vous moquez pas Mario. Vous doutez de notre existence ? Souvenez-vous du personnage de la Ligne Verte, Paul Edgecombe et sa souris. Souvenez-vous de l’homme en noir du Jeu de l’Ange. On a besoin d’homme éternel Mario, comment voulez-vous que se transmette l’histoire
-          -Mais que me voulez-vous ? Qu’ai-je à voir dans tout cela ?
-        -Vous allez comprendre. Je vous ai fait venir parce que j’ai besoin de vous. Nous avons trois problèmes que vous pouvez nous aider à résoudre. Avant de vous en parler, un de nos membres va vous faire visiter notre Liège souterraine. Pour commencer cette visite, je voudrais moi-même vous présenter quelqu’un, une petite fille  que nous avons recueilli et que vous pouvez nous aider à soigner.
Eterno m’entraîna vers une porte que je n’avais pas vue, avant de l’ouvrir il me dit « ne soyez pas étonner de son attitude, elle est due au terrible traumatisme qu’elle a subi. Quand il ouvrit la porte de ce qui paraissait être une petite pièce à vivre, je vis une petite fille africaine et fut immédiatement frappé par son énorme chevelure frisée et pourtant légère et les yeux immenses avec lesquels elle me regardait.
-         -Bonjour Darline, je te présente Mario, dit Eterno.

L’INSTITUTRICE ELLE NOUS A DIT QUE SI NOUS ENTENDIONS DE GRANDS BRUITS COMME DES EXPLOSIONS SI NOUS VOYIONS ENTRER DES HOMMES EN ARMES QUI CRIAIENT  S IL Y AVAIT BEAUCOUP DE BRUITS ET DE  CRIS  CACHEZ VOUS SOUS LES BANCS METTEZ VOS MAINS SUR VOS OREILLES ET FERMEZ LES YEUX NE REGARDEZ PAS N ECOUTEZ PAS NE VOUS RELEVEZ QUE QUAND IL NE SE PASSERA PLUS RIEN ALORS UN JOUR LES HOMMES ARMES SONT ARRIVES ET ONT FAIT BEAUCOUP DE BRUIT ALORS NOUS NOUS SOMMES CACHES SOUS LES BANCS NOUS AVONS FERMES LES YEUX ET MIS NOS MAINS SUR LES OREILLES QUAND NOUS NOUS SOMMES RELEVES LES HOMMES ETAIENT PARTIS TOUT ÉTAIT CASSE LES ENFANTS PLEURAIENT ET CRIAIENT ET NOUS AVONS VU L INSTITUTRICE COUCHEE PAR TERRE PLEINE DE SANG ON AVAIT COUPE SA GORGE ELLE ÉTAIT MORTE ET AVAIT LES YEUX GRANDS OUVERTS . MON GRAND PÈRE M AVAIT DIT SI DES HOMMES ARMES VIENNENT ET LUI FAISAIENT DU MAL IL NE FALLAIT PAS REGARDER ET IL FALLAIT FAIRE SEMBLANT DE NE PAS LE CONNAITRE QUAND JE SUIS SORTI DE LECOLE DES HOMMES ARMES FRAPPAIENT MON GRAND PÈRE JAI FAIT SEMBLANT DE NE PAS LE CONNAITRE ET ILS L ONT EMMENE AVEC EUX …

Elle avait débité cela sur un ton monocorde et sans respiration, je sorti précipitamment, j’avais les boyaux tordus ? je m’appuyai au mur, soutenu par mes deux vieilles et éclatais en sanglot.

Elle s’appelle Darline et vient de Guinée me dit l’homme au pardessus. Elle a onze ans.